Écoutez donc ce qu’il vous chante
Hier, les mêmes qui, il y a quelques jours, faisaient de Marie-Mai la référence culturelle québécoise, dénonçant les anglos de ne pas la connaître, criaient au scandale en constatant que le public l’avait élue interprète féminine de l’année.
Aux lendemains d’un gala sans controverse, on semble vouloir en trouver à tout prix en dénonçant les mauvais choix d’un public qui a été invité à s’exprimer sur une question cruciale: «qui c’est qui a fait le plus du bien à tes oreilles cette année».
Il est vrai qu’il était gênant de voir Karim Ouellet sortir grand perdant de cette soirée, lui qui a conquis le cœur de bien des Québécois (apparemment pas assez) avec sa chanson L’Amour. Mais n’oublions pas, toute chose étant relative, qu’appelés aux urnes, les Montréalais voteront bientôt pour Denis Coderre.
Évidemment, on ne peut pas s’attendre à ce que le public vote massivement pour ce qu’il ne connaît pas, et il y aurait tout lieu de dénoncer le cercle vicieux par lequel les radios commerciales jouent du Marc Dupré parce que c’est ça que les gens veulent entendre parce que c’est juste ça que les radios commerciales jouent. Comme je l’écrivais récemment, on a ce que l’on mérite.
Dans ce contexte, il est tout de même surprenant de voir l’importance que l’on accorde à ceux qui prescrivent les références culturelles, qu’il s’agisse du Journal de Montréal avec son sondage sur qui connaît qui, ou de l’ADISQ. J’aurais envie d’implorer le public à faire à sa tête et à écouter ce que bon lui semble. D’être curieux, aussi. De considérer mériter mieux que ce que la radio commerciale choisit pour lui. Et, sans vouloir enlever quoi que ce soit aux récipiendaires, de prendre le sceau de l’ADISQ avec des pincettes.
Rappelons-nous qu’en 1998, la révélation de l’année était Lili Fatale, en 2001, c’était Gabrielle Destroismaisons, et en 2002, la chanson de l’année était Je n’ai que mon âme de Natasha St-Pier. Je ne porte aucun jugement de valeur sur ces récompenses, mais je souhaite néanmoins que la carrière de Karim Ouellet connaisse un tournant plus heureux que celle de Lili «girl power» Fatale.
Et n’oublions pas, comme disait Louis-José Houde, que les musiciens sont déjà les rois du monde de pouvoir «gagner leur vie avec leur passe-temps».