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Briser la chaîne de la maltraitance

«Le plus beau geste d’amour que ma mère m’ait fait, c’est de m’avoir abandonné». C’est la conclusion à laquelle le jeune Marc (nom fictif), 14 ans, en est venu après avoir passé trois ans à l’unité Émerillon du Centre jeunesse de Montréal – Institut universitaire (CJM-IU). À 11 ans, il a été retiré de son milieu familial après avoir été agressé sexuellement et violenté. «À son arrivée, il fallait faire des interventions-chocs avec lui, rapporte son éducateur, Steve Perron. Il était très agressif, il bardassait les objets, il sacrait et il menaçait les autres».

Une douzaine de jeunes garçons âgés de 12 à 14 ans séjournent à l’unité Émerillon. Leurs problèmes sont si sévères qu’ils ne peuvent pas aller dans des familles d’accueil. Ils ont besoin d’un encadrement spécialisé. Ces adolescents font partie de ceux – environ le tiers des enfants signalés au directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) – qui doivent quitter temporairement ou en permanence leur milieu familial pour s’en sortir.

Après un long processus de guérison, Marc a fait la paix avec ses démons. Aujourd’hui, il réussit bien à l’école et comporte respectueusement. Éventuellement, il quittera l’Émerillon pour peut-être habiter dans un foyer de groupe ou un appartement supervisé. Bien que le départ de son protégé le chagrinera, Steve Perron croit qu’il poursuivra dans le bon chemin. Comme Marc, la majorité des jeunes qui reçoivent de l’aide du CJM-IU réussissent à se réconcilier avec leur passé, selon l’agente de communication Jocelyne Boudreault, mais aucun chiffre ne le démontre. «On a tendance à croire qu’une majorité de jeunes s’en sortent, dit-elle. Nous sommes d’éternels optimistes».

«Nous le savons seulement lorsqu’ils rappellent et qu’ils gardent le contact», indique Steve Perron. Des jeunes qui ont quitté l’unité Émerillon depuis quelque temps déjà l’appellent encore aujourd’hui pour obtenir sa recette de pain de viande ou pour savoir quand la pilule du lendemain peut être prise. «On fera toujours partie de leur vie», explique l’éducateur. Bien qu’aucune statistique ne soit compilée, le CJM-IU est conscient que des jeunes ne s’en sortent pas. Ces derniers ajoutent ainsi un maillon de plus à la chaîne de maltraitance et de négligence mise en place par leurs parents. «Malgré toute l’aide offerte et tous les services mis en place, il y en a qui ne s’en sortent pas, avance Mme Boudreault. Ils peuvent prendre le chemin de la délinquance. Certains développent des problèmes de santé mentale et d’autres choisissent de vivre de façon marginale».

Ce qui fait la différence, c’est entre autres la résilience dont font preuve les jeunes signalés à la DPJ. «Certains ont une force intérieure d’eux qui fait en sorte qu’ils veulent s’en sortir et briser la chaîne intergénérationnelle de maltraitance», témoigne Steve Perron. Les parents ont aussi un rôle à jouer dans le traitement de leur enfant. S’ils rebutent les intervenants qui veulent les aider, leur enfant adoptera la même attitude, ce qui contrecarrera toutes les initiatives du CJM-IU.

Dans certains cas, les enfants ne sont tout simplement pas prêts à fermer la porte sur leur passé. Simon (nom fictif) consommait de la drogue et il a fait de nombreuses fugues. Il vivait des conflits avec sa mère et son beau-père qui le battait. Le CJM-IU a tenté de l’aider, mais en vain. «À la fin de son placement, il a fugué et on ne l’a jamais revu, raconte l’éducateur de l’unité Émerillon. Des années plus tard, je l’ai croisé dans un restaurant où il était le gérant. Il m’a expliqué qu’il n’avait pas accepté notre aide à l’époque parce qu’il y n’était pas disposé».

Simon, aujourd’hui père de deux jeunes enfants, a réussi à briser la chaîne de la maltraitance.
«On sème des graines et, un jour, elles feront des fleurs, philosophe Steve Perron. Il ne faut pas perdre espoir et il ne faut pas en vouloir à l’enfant qui ne comprend pas, est trop souffrant, trop fermé, trop en colère ou en choc traumatique.»

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