Plan Nord: Des fils restent à attacher
Avant de construire une maison, on doit s’assurer d’avoir des fondations solides. Cette sagesse s’applique aussi à l’élaboration de grands projets. Le Plan Nord n’échappe pas à la règle. Bien au contraire. Un grand chantier qui engage plusieurs générations mérite des assises solides.
À première vue, la vision intégrée du Plan Nord est emballante. Plusieurs des ingrédients de base du principe de développement durable y sont inclus. Éducation, préservation de territoire, engagement des communautés locales – un ensemble qui allie développement économique et social dans le respect de l’environnement. Voilà enfin une démarche qui a tout, en apparence, pour susciter l’enthousiasme et permettre au Québec de renouer avec le principe de création de richesse. Tout ou presque…
Il manque malheureusement au Plan Nord un élément essentiel : la confiance. Toute vision, aussi passionnante soit-elle, ne peut se concrétiser sans l’adhésion. C’est ce qui explique que l’emballement a rapidement cédé le pas à la mise en lumière des failles. Les tergiversations autour du montant des redevances ne contribuent pas à rassurer – des 1,5 G$ annoncés par Jean Charest aux 120 M$ énoncés par le ministre des Finances, il manque un zéro et
de la cohésion!
Pour bien faire les choses et solidifier la fondation de sa vision, le gouvernement Charest aurait dû reporter de quelques semaines, voire de quelques mois, l’annonce du Plan Nord. Il restait de toute évidence des fils à attacher au niveau des redevances, de certaines communautés locales et même de certaines entreprises citées dans le plan.
Plombé par les événements des dernières années, le premier ministre aurait dû organiser autrement la séquence des événements. Le dépôt de la révision de la loi sur les mines aurait dû précéder cette annonce en grande pompe.
Après le rapport du vérificateur général sur les mines et l’épisode des gaz de schiste, les Québécois ont besoin d’être rassurés sur les manières de faire et sur les retombées attendues de ce vaste chantier. Ils veulent avoir des garanties que les retombées iront aux Québécois et pas uniquement aux entreprises exploitantes.
Le Québec doit renouer avec la notion de développement. L’empressement dans lequel on a annoncé la ruée vers le Nord nuit à la capacité de réalisation du projet. À trop vouloir bâtir son héritage, Jean Charest risque au contraire d’y nuire et de perdre bien plus que le nord.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.