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Front commun en faveur de la réforme de l'éducation

Vingt-neuf chercheurs universitaires défendent bec et ongles la réforme de l’éducation dans le Manifeste pour une école compétente rendu public mercredi. Ils jugent que les changements apportés au fil des dix dernières années ont «dénaturé» le renouveau pédagogique. Métro s’est entretenu avec l’un des signataires, le professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Luc Prud’homme.

Qu’est-ce qui a poussé ces chercheurs à faire front commun contre les changements apportés à la réforme?

On a constaté que lorsque la réforme était attaquée, il y avait beaucoup de tribunes. Lorsqu’on voulait mettre en évidence que dans cette réforme, il y avait des fondements fort intéressants, on en entendait moins parlé. Alors on s’est dit que ça fait partie de notre responsabilité d’amener un nouvel éclairage. On a un système d’éducation qui va relativement bien, mais en même temps, on a aussi des problèmes sur lesquels on travaille depuis une trentaine d’années que sont l’échec scolaire, les difficultés d’apprentissage et le décrochage scolaire. La réforme a amené des outils de développement du potentiel de tous les élèves. En amenant le concept de compétence, on demandait aux enseignants d’associer les connaissances fondamentales et importantes à des situations qui donnent du sens à l’apprentissage.

Quels sont les changements qui ont «dénaturé» la réforme?
Le bulletin unique va nous rendre fou. Il part de l’hypothèse que tous les élèves du Québec, indépendamment de l’école, de la communauté ou de la famille d’où ils viennent, peuvent se mettre au travail pour apprendre sur des objets similaires en même temps. J’ai enseigné huit ans au primaire. Je n’ai jamais pu dire que j’avais un groupe similaire à l’année précédente. Les élèves ont tous des besoins uniques. Le bulletin unique indiquera des moyennes. Ce n’est pas bon pour les élèves qui sont très loin au-dessus ou au-dessous.

La moyenne n’aidera personne. L’autre chose touche le recul des compétences transversales. Lorsqu’on regarde un plombier, un docteur, un avocat et un électricien, on s’aperçoit qu’ils n’ont pas à s’approprier les mêmes connaissances en mathématiques, en français et en sciences humaines pour fonctionner. Ils ont tous besoin d’acquérir des habiletés de haut niveau (plus intellectuelles ou plus sociales) pour faire leur travail. Résoudre des problèmes ou développer le jugement critique, ça faisait partie des compétences transversales.

La réforme a-t-elle été mal comprise par les enseignants et les parents?
C’est sûr. Le ministère a travaillé très fort pour pondre ce programme qui imposait des changements assez importants. Ce qui n’a pas été fait, c’est un travail de fond pour expliquer les moyens retenus.

Comment expliquez-vous la levée de boucliers des syndicats, des enseignants et des parents?
Il y a de la nostalgie et la peur du changement et il y a aussi des valeurs de performance. Des parents repensent à ce qu’ils ont vécu et se disent qu’ils ont bien réussi. Alors, ils espèrent la même chose pour leurs enfants.

Que devrait-on faire avec l’état actuel de la réforme?
Dans le manifeste, on propose deux choses. D’abord, est-ce qu’on peut s’asseoir avec des spécialistes de la réforme pour faire un bilan de ce qui s’est passé au cours des dix dernières années. On repère les bons coups et ce qui a moins bien fonctionné comme par exemple l’évaluation. Aussi, il faut sortir le pilotage de la réforme des dossiers politiques. Une fois que des États généraux sont organisés et que le peuple s’est prononcé, il faut créer une agence responsable de la réforme. Elle serait indépendante de la ministre. Présentement, on ne peut pas s’empêcher de penser que plusieurs changements ont été faits dans une visée électoraliste.

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