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La chasse aux sorcières

Au Canada, le recours aux banques alimentaires est en hausse de 26 % depuis 2008. En ces temps de «Occupons Wall Street» – mouvement à l’égard duquel une majorité de Canadiens est favorable – il se trouve quand même des gens sur des tribunes pour dénoncer ce chiffre et avancer que c’est une fausse impression due aux profiteurs.

Ces «Bougons» se présenteraient plusieurs fois aux banques pour prendre les denrées alimentaires et use­raient de stratégies pour être les premiers aux points de chute. C’est avec ce type d’argumen­taire idéologi­que qu’on éclipse tout le débat sur l’inégalité de la richesse. Le véritable scandale est là.

Si 10 % des plus riches accaparent 42 % de la richesse, 10 % des plus pauvres se partagent 1 % de la richesse au Canada, selon le Conference Board. La chasse aux sorcières peut cesser; on est loin du vol qualifié dans les banques alimentaires! Près de 10 % des populations canadienne et québécoise vi­vent avec un faible revenu, alors qu’environ 2 % recourent aux banques alimentaires. La clientèle est diversifiée : pres­-tataires de la sécurité du revenu, mais aussi «travailleurs à petit revenu, retraités, familles avec enfants, célibataires, locataires et sans-abri». On peut donc en déduire que la classe moyenne est en train de basculer vers le bas. Selon les statistiques, l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accentuer. Plus du tiers des familles locataires consacraient plus de 30 % de leurs revenus au logement au Québec en 2006, et «depuis 30 ans, le revenu des familles les plus pauvres – les 10 % les moins nanties – a fait du sur-place, même si ces familles travaillent presque 15 % de plus», écrivait La Presse Affaires en mai dernier. Les familles comptant au moins un travailleur pauvre représentaient 31 % des familles à faible revenu. Près de 18 % de ceux qui recourent à une banque alimentaire ont indiqué avoir un emploi ou en avoir eu un récemment. Ce sont des working poors.

L’animosité envers les démunis prédis­pose à ce qu’ils deviennent encore plus pauvres à cause, notamment, de la réduction des services publics et des baisses d’impôts consenties aux riches. Si certains s’offensent du fait que des «profiteurs» s’accaparent quatre dindes à Noël au lieu d’une seule, leur indignation devrait être dirigée davantage vers ceux qui laissent que des miettes derrière eux : 147 multi­-nationales, dont une vingtaine de banques, détiennent 40 % de la richesse mondiale selon une étude suisse, et, selon les Nations unies, la moitié de la richesse mondiale est entre les mains des 2 % les plus riches. Il faut s’attaquer au vrai problème qu’est la concentration de la richesse et à sa redistribution. Que la chasse aux vraies sorcières débute. 

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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