Le durcissement des peines fera exploser la facture
Les nouvelles mesures de durcissement des peines de prison votées par les conservateurs coûteront au bas mot 18 G$ aux Canadiens, selon une note économique de l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques), publiée jeudi.
En ligne de mire le projet de Loi C-25 qui abolit la pratique du 2 pour 1 (le temps en prison avant la sentence est compté en double) et le projet de loi C-10 qui durcit certaines peines et restreint la libération conditionnelle.
Ces mesures qui ont été adoptées récemment «vont augmenter la surpopulation carcérale et nécessiter de construire de nouvelles prisons», estime Jean-Mikael Michaud, chercheur associé à l’IRIS. «Québec devra dépenser 488 M$ de plus par an pour le fonctionnement, l’entretien et l’amortissement de ces nouvelles prisons», ajoute-t-il. Le budget actuel devrait alors être multiplié par 2,2.
Ces dépenses supplémentaires viendraient alors amputer d’autres budgets, craint Guillaume Hébert, co-auteur de cette note économique. Le chercheur de l’IRIS déplore que depuis 2005, le budget annuel des Services correctionnel du Canada est passé de 1,6 G$ à 2,5 G$ (+50%), alors que la criminalité ne cesse de baisser. Selon les données de Statistiques Canada, le taux de crimes déclarés par la police a baissé de 40% depuis 20 ans.
Plusieurs conservateurs, dont le sénateur Pierre-Hughes Boisvenu, contestent la validité de ces chiffres. Le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson a déjà affirmé de son côté : «Nous ne gouvernons pas sur la base des dernières statistiques, nous gouvernons sur la base de ce qui est bon pour mieux protéger les victimes». Malgré la baisse des crimes, 44% des Canadiens croient que la criminalité augmente et 62% pensent que des peines plus sévères permettront de réduire le crime.
Les chercheurs craignent donc que le gouvernement conservateur mette de côté les principes de réhabilitation et suive le modèle américain qui a été un fiasco selon eux. Ils citent l’exemple de la Californie, où les dérapages de coûts d’un système carcéral partiellement privatisé font que l’État dépense désormais plus pour ses prisons que pour son système d’éducation secondaire et ce, sans baisse de la criminalité. «Le Texas a même choisi de faire marche arrière», note M. Hébert.
De son côté, le gouvernement québécois a déjà marqué son opposition aux décisions du gouvernement Harper.