Noël, période noire pour les acheteurs compulsifs
Le temps des Fêtes est une dure épreuve pour les personnes souffrant de problèmes d’achats compulsifs.
Dans le temps des Fêtes, Jocelyne fuit les centres commerciaux. Pas parce qu’elle déteste les foules, mais plutôt pour résister à sa dépendance : le magasinage. Noël, c’est la tentation ultime pour les gens qui, comme Jocelyne, vident leur portefeuille de façon incontrôlée, au point d’avoir des problèmes personnels et financiers importants. «C’est la période de l’année où il faut être le plus vigilant, estime Jocelyne. C’est une période émotive pour tout le monde, on revoit la famille et on veut acheter l’amour de nos proches avec des cadeaux.»
Le magasinage, pour les acheteurs compulsifs, est une façon de gérer le stress, de combler un manque ou de rehausser leur estime d’eux-mêmes. «Pour ne pas sentir la souffrance qui nous habite, on va consommer. L’achat d’un vêtement de luxe, d’une décoration ou d’un voyage nous procure un bonheur temporaire», explique Jocelyne.
Or, Noël est une période assez stressante, qui met en évidence ces manques, estime la Dre Luisa Cameli, directrice de la Clinique de la santé émotionnelle. C’est l’heure des bilans, qui sont parfois négatifs. «Certaines personnes ont des relations difficiles avec leur famille, d’autres souffrent de solitude, d’autres ont beaucoup de choses à finir au travail ou sont stressés par rapport à leurs finances», souligne-t-elle.
[pullquote]
Dans le temps des Fêtes, on est aussi bombardé de circulaires et de publicités qui incitent à consommer. «Le message que les campagnes de marketing font passer, c’est qu’il est temps de se gâter. Les acheteurs compulsifs y sont particulièrement vulnérables», soulève la Dre Cameli.
Selon Claude Boutin, psychologue et auteur d’un livre sur les acheteurs compulsifs intitulé J’achète (trop) et j’aime ça!, Noël peut non seulement empirer la situation de ceux qui ont déjà un problème, mais carrément faire basculer certaines personnes dans la dépendance au magasinage. Et les conséquences peuvent être très sérieuses.
Jocelyne fait partie depuis six ans du groupe d’entraide Les débiteurs anonymes (DA), qui se réunit de façon hebdomadaire dans un local affilié au CLSC de Saint-Henri. Selon elle, la plupart des participants viennent d’abord à ces réunions parce qu’ils touchent le fond : faillites, mariages brisés, pertes d’emploi. «Il y a même une de nos membres qui s’est retrouvée en prison pour fraude par carte de crédit, soutient Jocelyne. Pour ma part, quand je suis arrivée, ça faisait plusieurs fois que mes cartes de crédit étaient toutes à la limite et je ne savais plus comment payer l’épicerie. Aujourd’hui, je me suis prise en main, mais je n’ai pas terminé de payer mes dettes.»
Julie, une autre membre des DA, estime que le premier pas vers une prise en main a été de partager son expérience au sein du groupe d’entraide. «Dans le temps de Noël, j’essaie de ne pas aller dans les magasins, sauf pour aller chercher quelque chose de précis, de me faire une liste de cadeaux et de respecter le budget que je me suis fixée, affirme la trentenaire. Même si ce n’est pas facile!»
Acheteurs compulsifs: qui sont-ils?
Près de 6 % des gens souffriraient de magasinage compulsif, selon une étude de 2006 de la Stanford University School of Medicine, aux États-Unis. Contrairement à la croyance populaire, autant d’hommes que de femmes seraient touchés par ce problème.
«Le problème d’achats compulsifs n’est pas officiellement reconnu comme un trouble mental, et peu de gens qui en souffrent vont chercher de l’aide, dit le psychologue Claude Boutin. Mais le magasinage peut clairement devenir une dépendance qui se rapproche du jeu pathologique.»
Le magasinage devient un problème lorsqu’il y a une perte de contrôle, lorsqu’une personne, de façon répétée, dépense plus d’argent qu’elle le devrait, passe trop de temps dans les magasins et se sent coupable.