41 000 camions surchargés épinglés en 6 ans
À l’aube du dégel printanier, moment où les routes québécoises sont les plus vulnérables, des statistiques obtenues par TC Media par l’entremise de la Loi sur l’accès à l’information, révèlent que des milliers de camionneurs sont épinglés chaque année en conduisant des véhicules surchargés qui dégradent prématurément les routes du Québec.
Pas moins de 197 167 amendes ont été émises par les constables du Contrôle routier du Québec (CRQ) entre le 1er janvier 2008 et le 13 décembre 2013. De ce nombre, près de 21% des contraventions, soit 40 609 constats, concernent directement les surcharges (axiales et totales). Bon an, mal an, entre 6000 et 8000 constats d’infraction sont émis, au Québec, à des camionneurs «délinquants» en matière de surcharge, révèlent les données obtenues par TC Media.
Selon le Guide des normes de charges et dimensions des véhicules routiers, produit par le ministère des Transports du Québec (MTQ), la charge maximale permise pour les véhicules lourds varie selon différents critères, dont la capacité des pneus et le type d’essieux. À titre d’exemple, la charge maximale autorisée par catégorie d’essieux peut varier de 9000kg à 34 000kg en temps normal. Si les routes sont conçues pour supporter ces charges, l’effet de la surcharge, lui, peut être dévastateur pour le bitume.
«C’est une relation exponentielle entre la charge et le dommage de la chaussée, explique Guy Doré, ingénieur et professeur au département de génie civil à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche industrielle du CRSNG sur l’interaction charges lourdes, climat et chaussées. Sur un essieu simple, la charge légale est de 10 000kg. Quelqu’un qui aurait 2000kg en trop, donc 20% de surcharge, causerait deux fois plus de dommages.»
C’est d’ailleurs pourquoi les autorités sont sévères quant à l’application des règlements. «[Les surcharges] se traduisent directement par une réduction de la durée de vie de la route, poursuit M. Doré. Si tous les véhicules lourds avaient un excès de poids de 20%, ça voudrait dire que la route durerait deux fois moins longtemps.»
Diminuer le poids au printemps
Afin de préserver l’état de la route au moment où elle est la plus vulnérable, le MTQ limite les charges permises dès la venue du printemps. «L’idée de la règlementation au dégel, c’est de maintenir, de façon idéale, l’endommagement constant, c’est-à-dire qu’on réduit la charge parce que la route est plus sensible pendant le dégel, note M. Doré. On réduit la charge de telle sorte qu’on essaie d’éviter d’avoir plus de dommages pendant le dégel que pendant le reste de l’année.»
Lors de la période de dégel, qui s’échelonne généralement de la mi-mars à la mi-mai, les restrictions varient de 12% à 20% de la charge, selon le type d’essieux et la configuration du véhicule. Des règles qui sont souvent bafouées lors des premières semaines du dégel. «Chaque année, les contrôleurs routiers constatent que le pourcentage de véhicules non conformes quant à la charge est quatre fois plus élevé pendant les trois premières semaines du dégel comparativement à toute autre période de l’année», lit-on dans un dépliant d’information publié par le MTQ.
«En surcharge, il la tuait»
Outre les dommages prématurés aux routes que causent les surcharges, celles-ci ont aussi un impact sur la sécurité des usagers.
«Un véhicule en surcharge n’a pas la même distance de freinage, fait remarquer Patsy Guérette, contrôleuse routière et agente aux relations publiques du Contrôle routier du Québec (CRQ). Quand on constate une surcharge de 8000kg, c’est 8 tonnes de trop. C’est grave.»
À titre d’exemple, elle cite un accident survenu il y a quelques années entre un poids lourd et une voiture qui aurait pu avoir des conséquences tragiques si le camion avait été en surcharge.
«Dans les montagnes, près de Mont-Laurier, le véhicule lourd, qui était chargé à la moitié de sa capacité, s’est fait couper par une auto dans une pente descendante, relate Mme Guérette. Il a mis les freins et a essayé de l’éviter, mais il l’a carrément poussée dans le ravin. Miraculeusement, la conductrice s’en est sortie et la passagère aussi. Le chauffeur m’a dit qu’en surcharge, il la tuait, mais qu’il avait réussi à suffisamment ralentir pour ne pas trop la pousser.»
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