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L’espionnage industriel coûte des milliards au Canada

Photo: Getty Images/iStockphoto

L’espionnage industriel ferait perdre près de 120G$ par an aux entreprises canadiennes.

Un ancien chef des Services canadiens de renseignement et de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, a jeté un pavé dans la mare le mois dernier, lors d’un colloque sur les cyberenquêtes qui se tenait à Montréal.

«En 1995, le SCRS avait calculé que l’espionnage coûtait 10G$ à 12G$ par an aux entreprises canadiennes, soit deux fois moins qu’aux États-Unis, où l’économie est pourtant plus grosse», a déclaré M. Juneau-Katsuya.

En se fiant aux déclarations récentes du chef du FBI et si la tendance s’est maintenue depuis 1995, il conclut que le Canada perdrait actuellement entre 100G$ et 120G$ par an à cause de l’espionnage industriel. «C’est un problème dont on ne parle pas assez et qui n’est pas assez puni», dit-il.

«Selon les compilations du SCRS, 115 pays sur 196 parrainent le cyberespionnage», a indiqué M. Juneau-Katsuya. Il cite par exemple le cas de cette entreprise canadienne qui a perdu coup sur coup deux appels d’offres internationaux par une infime différence de prix et face au même constructeur italien de tramways. «Une différence de 250 000$ sur un contrat de 350M$, c’est un peu comme gagner au 6/49. Deux 6/49 de suite, dans mon domaine, on n’y croit pas trop.»

Il souligne aussi que plus de 85% des vols de propriété intellectuelle impliquent une personne à l’intérieur de l’entreprise, que ce soit intentionnel ou accidentel.

Comme ce constructeur aérien brésilien ayant placé une offre d’emploi dans les journaux pour attirer des ingénieurs québécois. L’entreprise a invité cinq candidats et leurs conjointes au Brésil pour des entrevues. «En les interrogeant sur des défis ou les problèmes techniques qu’ils avaient su surmonter, l’entreprise brésilienne a obtenu 75% de l’information dont elle avait besoin pour savoir où en étaient certains dossiers en développement de l’entreprise canadienne», souligne M. Juneau-Katsuya.

Selon lui, le Canada devrait se doter d’une législation plus mordante, entamer plus d’enquêtes et de poursuites et surtout communiquer sur le sujet. «Les entrepreneurs d’ici doivent s’éveiller à cette réalité et mieux se protéger», croit-il.

Le ministère de la Sécurité publique du Canada n’a pas voulu commenter les chiffres avancés. Il répond laconiquement par courriel que «le gouvernement du Canada a un solide programme de contre-espionnage pour protéger la sécurité de notre nation contre les ingérences étrangères et l’espionnage».

Le ministère avance aussi que la législation canadienne comprend des mesures spécifiques contre l’espionnage dans la Loi sur la protection de l’information avec des peines pour l’espionnage économique.

La chasse aux taupes

Même si l’espionnage continue de coûter cher au canada, les autorités ne restent pas les bras croisés, comme le démontre l’ouvrage Taupes – infiltrations, mensonges et trahisons qui vient de sortir en librairie qui raconte l’histoire de cinq taupes ayant fait les manchettes récemment.

La taupe typique est à 93% un homme. Il est dans la quarantaine, «low profile», désabusé de son travail et attiré par l’appât du gain, selon des études présentées dans l’ouvrage deux journalistes Fabrice de Pierrebourg et Vincent Larouche. En décortiquant cinq dossier des taupes et d’espionnage, les deux auteurs dévoilent aussi quelques tactiques policières étonnantes.

Ainsi, pour récupérer l’ordinateur contenant la liste volée de 2000 informateurs du SPVM, la police n’a pas lésiné sur les moyens. Quand le voleur, l’ancien agent Ian Davidson a laissé l’ordinateur dans sa voiture pour manger au restaurant, la police a immédiatement commandé un camion de livraison pour bloquer la vue à la taupe attablée et casser la vitre de son auto pour récupérer l’ordinateur.

Les agents ont utilisé la Loi C-24 qui les autorise à poser un acte criminel, si des vies sont en danger. Par la suite, pour récupérer un DVD d’information que la femme de Davidson lui avait demandé de détruire, le SPVM a envoyé, sans succès, de faux éboueurs dans un camion de recyclage pour tenter de récupérer le bac de la taupe.

Les deux journalistes reviennent aussi sur le cas de Benoit Roberge, enquêteur vedette qui a contrôlé plusieurs sources liées aux motards avant de retourner sa veste. Son geste aurait pu sonner le glas du procès SharQc. En effet, les Hells ont tenté d’obtenir de sa part des informations sur le témoin principal Sylvain Boulanger, un indicateur qui a signé un contrat de 2,9M$ pour ses confidences.

ACTU espionnage livre
Taupes – Infiltrations, mensonges et trahisons
Fabrice de Pierrebourg et Vincent Larouche
Les éditions La Presse

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