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Les smattes et les candides

À force d’en entendre parler, j’ai finalement été voir le Cabaret Bio dégradable présenté dans le cadre du Festival Juste pour rire. Vous savez, ce sont ces soirées où on lit des extraits de biographies poches écrites par d’ex-personnalités connues qui se livrent avec un manque de pudeur consternant. Au Cabaret Bio, c’est à la banalité de ces confidences et au piètre talent de ces écrivains d’un moment que l’on s’attarde. La formule marche fort et fait rigoler un public composé d’êtres humains essentiellement constitués d’eau, de carbone mais aussi d’une maudite bonne part de méchanceté.

La dérision n’est pas nouvelle. Au Moyen-Âge, la Fête des Fous – aussi appelée Fête des Innocents – reposait sur le même principe. Pour les plus jeunes, rappelons que le jeu consistait à élever au rang de pape ou d’évêque un faible ou un démuni pour une journée. De nos jours, le dîner de cons est devenu en quelque sorte une adaptation moderne du même exercice. On y invite un convive qui n’a aucune affaire là pour le seul plaisir de l’entendre se caler. Le Cabaret Bio dégradable est en tout point semblable au dîner de cons. À la seule différence que la soirée se passe en l’absence des principaux intéressés. À chaque représentation, l’auditoire est franchement hilare. Bon, pas sûr qu’on rirait autant si les auteurs ridiculisés étaient assis sur scène à côté des lecteurs. Mais vous savez comment c’est, on est tous un peu pleutres au fond…

Pour le grand malheur des «vedettes» du Cabaret, tout ce qui est publié et diffusé est susceptible d’être repris. Et les écrits restent, même les plus insignifiants. Là où ce spectacle dérange, c’est qu’on procède encore une fois à la rencontre forcée entre deux univers qui n’ont rien à voir. D’un côté, il y a les candides qui n’ont jamais demandé à participer au party dont ils font finalement les frais. Et de l’autre bord, il y a le conclave de smattes qui ressentent une fois de plus le besoin de montrer qu’ils sont nettement au-dessus des autres. J’imagine que ça les rend heureux…

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Selon ce qu’on raconte, chaque biographié recevrait environ 3 $ par spectacle en droits d’auteur pour faire rire de lui. J’imagine que les smattes considèrent que c’est équitable.

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