Savages: la guerre d’Oliver Stone
«Pourquoi a-t-il fallu faire la guerre à la drogue?» se demande le réalisateur Oliver Stone en parlant de son plus récent film, Savages.
Oliver Stone n’en est pas à son premier film controversé. Dans son plus récent long métrage, Savages (Sauvages), le réalisateur s’intéresse à la sanglante guerre de la drogue qui sévit au Mexique. Dans son film, un cartel sans pitié tente une prise de contrôle hostile sur deux cultivateurs américains de marijuana (Aaron Johnson et Taylor Kitsch) qui partagent aussi un amour pour la même femme (Blake Lively). Métro s’est entretenu avec Stone.
Comment faites-vous pour traiter d’un sujet actuel dans un film?
Le long métrage est basé sur un livre, alors ce n’est pas comme si on avait une approche de docudrame à la Trafic. C’est une fiction. Le film raconte une situation qui pourrait se produire, mais qui ne s’est pas produite, celle de producteurs indépendants américains qui cultivent un produit d’une grande qualité et qui reçoivent la visite de membres d’un cartel.
Que pensez-vous de la guerre de la drogue?
Il faut remonter à 1969 pour comprendre le phénomène, vous savez. Pourquoi a-t-il fallu déclarer la guerre à la drogue? Je ne sais pas pourquoi les États-Unis sont si friands de guerres – Vietnam, Irak, Afghanistan. En fin de compte, on doit composer avec des guerres sans fin. En y participant,on se retrouve avec des budgets qui grimpent sans cesse et des problèmes de corruption. En plus, les États-Unis ont un système carcéral hors de contrôle et la Drug Enforcement Agency accouche sans cesse de scénarios alarmistes. Les Américains ont aussi heurté leurs voisins du sud en créant des problèmes de corruption, aujourd’hui largement répandus au Mexique. Et c’est sans parler de la hausse des prix de la marijuana.
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Que pensez-vous de la possibilité de légaliser la marijuana aux États-Unis?
Je n’ai pas vu beaucoup de progrès récemment; il faut dire que l’administration Obama est contre. Les lois californiennes, plus libérales, pourraient offrir davantage d’ouverture, mais c’est peu probable avec l’élection qui s’en vient. La stupidité prévaut. C’est la loi du plus petit dénominateur commun. Au mieux, on obtiendra la décriminalisation. On pourra alors vider quelque peu les prisons, qui sont surpeuplées.
La marijuana est loin d’être la seule drogue dans le portrait…
Pourquoi faudrait-il différencier la marijuana de la cocaïne? Commençons par faire de vraies analyses scientifiques sur la marijuana. Ça serait une façon très saine de lancer le débat. Personnellement, je crois qu’il faudrait également médicaliser la cocaïne parce qu’il y a beaucoup d’argent à faire là. En la taxant et en la médicalisant, on pourrait l’utiliser de façon sensée.
Quel impact politique souhaitez-vous que ce film ait?
Je ne réfléchis pas ainsi. Je suis désolé, mais je ne fais pas des films pour qu’ils aient un impact politique. Je ne tente pas de vendre la légalisation, je laisse parler l’histoire. Chacun peut tirer ses conclusions.
Jusqu’où êtes-vous prêt à aller en ce qui concerne la violence à l’écran?
Pas si loin parce qu’aux États-Unis, on est toujours contraints par le classement des films et par le puritanisme encore très présent en ce qui a trait à la sexualité. On ne peut pas se permettre des choses qu’on ferait sans problème en Europe, par exemple. Il y a aussi les acteurs, qui ont leurs limites et qui refusent de faire certaines choses. Le livre sur lequel le film est basé est très explicite. Il était impossible de tout transposer à l’écran. Je suis donc propre jugement et je me demande jusqu’où le public est prêt à me suivre. Le film n’est certainement pas aussi réaliste et violent qu’aurait dû être un film traitant de la guerre de la drogue. Des membres d’un cartel ont déjà jeté quelqu’un dans un baril d’acide et l’ont regardé agoniser. C’est pour vous montrer à quel point c’est violent.
Savages
En salle dès vendredi