Culture

Le nouveau défi de Madonna

Marc-André Lemieux, Métro

«Je vais vous botter le cul, mais vous allez aimer ça!» Voilà comment Madonna décrit Hard Candy, son 11e album en carrière.

Contrairement aux envolées disco de Confessions on a Dance Floor, le nouvel opus, qui arrive en magasin mardi, proposera des sonorités et des rythmes plus urbains.

«Chaque fois que Madonna sort un CD, on se dit : « Est-ce qu’elle va encore être capable de livrer la marchandise? » note Denis Fortin, animateur à Radio Énergie. L’histoire nous montre qu’elle a toujours réussi à nous surprendre. Cette fois-ci, elle tombe dans un genre qu’elle n’a jamais exploré auparavant. Ça va être intéressant de voir comment elle se débrouille.»

L’icône de la pop ne s’est pas lancée dans l’inconnu en solitaire. Fidèle à ses habitudes, elle a fait appel aux meilleurs pour réaliser son fantasme hip-hop : Pharrell Williams, Nate «Danja» Hills, Justin Timberlake et Timba?land, qui a signé les derniers tubes de Nelly Furtado.

«Le talent de Madonna, c’est de s’entourer de personnes qui ont du talent, souligne Geneviève Borne, animatrice, DJ et grande admiratrice de la chanteuse. Elle a le don d’aller chercher des gens qui sont dans l’air du temps, qui sont très cool.»

Hard Candy marque une première dans la carrière de la diva : alors que les noms de Justin Timberlake et de Timbaland sont très connus du grand public, ceux de ses collaborateurs précédents l’étaient beaucoup moins à l’époque où elle a eu recours à leurs services. De William Orbit (Ray of Light) à Stuart Price (Confessions on a Dance Floor), en passant par Mirwais (Music), les ex-acolytes de la blonde ambitieuse ne sont sortis de l’ombre qu’après leur travail avec la Material Girl.

«Je vois [son association à Timbaland et à JT] comme un mouvement commercial, dit Geneviève Borne. Cela étant dit, les chansons de Madonna sont toujours commerciales. Même quand elle allait chercher quelqu’un plus en marge, le résultat était quand même très accessible.»

«Madonna et David Bowie se ressemblent à plusieurs égards, expose Nicolas Tittley, reporter à MusiquePlus. Ce sont des gens qui ont des antennes et qui s’approprient des tendances plus obscures. Les gens du milieu underground trouvent ça plate, parce qu’à partir du moment où Madonna s’intéresse à quelque chose, c’est la fin du mouvement underground. Ça devient momentanément très à la mode auprès de la masse.»

Tout pour plaire
La nouvelle stratégie adoptée par la madone peut aussi être perçue comme un moyen de recruter de nouveaux fans, particulièrement aux États-Unis, où le R’n’B domine les palmarès.

«Ce qui est bizarre, c’est que Madonna n’a pas besoin d’un gars comme Timbaland pour écrire des hits, note Nicolas Tittley. En même temps, à son 11e album, elle se dit peut-être qu’il serait temps d’aller chercher un public plus jeune qui n’a pas dansé sur Borderline ou Holiday. Et ce même public sait très bien qui sont Justin Timberlake et Timbaland.»

Toujours sexy
À l’approche de la cinquantaine, Madonna continue à faire mentir les critiques qui la déclarent finie avant la parution de chaque nouvel album (en 1985, le New York Times prédisait qu’elle sombrerait dans l’obscurité, alors que Cyndi Lauper atteindrait le statut de superstar).

Le premier extrait de Hard Candy, 4 Minutes (en duo avec Justin Timberlake), est devenu la chanson ayant atteint le plus rapidement le sommet des palmarès dans toute l’histoire de la radio canadienne. Chez nos voisins du Sud, la pièce lui a permis de surpasser Elvis Presley à titre d’artiste ayant obtenu le plus de titres au top 10.

Le vidéoclip de la chanson a aussi suscité de vives réactions. On y voit une Madonna vêtue d’un corset couleur chair, multipliant les déhanchements suggestifs aux côtés d’un gars de 22 ans son cadet. Elle se démène comme une diablesse dans l’eau bénite à quatre pattes sur un tapis roulant, debout sur le capot d’une voiture et à genoux sur une piste de danse, le tout en affichant le même air arrogant.

«Le clip est la preuve qu’elle n’est pas en train de s’assagir ou de devenir matante, dit Geneviève Borne. Ça montre qu’elle est encore sexy, qu’elle est encore provocante.Et c’est tant mieux, parce qu’il y a bien des jeunes filles qui ne dégagent pas le dixième de ce qu’elle dégage.»

«C’est sûrement une grande fierté pour elle de montrer qu’elle peut encore tirer son épingle du jeu avec la plus jeune génération. Quand elle s’engage dans un combat de danse avec Justin Timberlake, c’est comme si elle lui disait : « J’étais là bien avant toi et je suis capable de t’accoter! » observe Nicolas Tittley. C’est une fille qui prend vraiment soin de son corps, alors elle en profite. Si j’étais une femme et que j’avais l’air de ça à 50 ans, je serais très heureux de pouvoir montrer mon body!»

Madonna et le Québec: un amour qui ne veut pas mourir
Loin des yeux, loin du cÅ“ur, dit-on. Et pourtant! Madonna a toujours joui d’une grande popularité dans la Belle Province, et ce, même si elle s’y arrête peu souvent.

Les trois passages de la chanteuse à Montréal ont été couronnés de succès. La première fois, c’était en 1987, au Forum, dans le cadre de sa tournée Who’s That Girl. En 1993, elle se payait le Stade olympique, où elle avait présenté son controversé Girlie Show. La plus récente visite de la star remonte à l’été 2006, au Centre Bell, où elle avait étalé ses Confessions.

«Au Québec, on aime les gens qui ne suivent pas les grands courants populaires, observe Denis Fortin, animateur à Radio Énergie. On aime ceux qui font à leur tête. On a toujours été plus ouverts aux artistes qui sortaient des sentiers battus. Plusieurs groupes internationaux ont d’ailleurs été populaires ici avant d’obtenir une reconnaissance internationale. On n’a qu’à penser à des groupes comme Supertramp et Genesis.»

Au-delà des tournées, les chiffres de vente des derniers CD de la star montrent que l’amour que lui portent ses fans canadiens français en est un qui ne veut pas mourir.
 

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