Un 10e FME magique
On dit souvent : il faut vraiment avoir été là pour comprendre. Le dicton est doublement vrai lorsqu’il s’applique au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME).
La semaine dernière, Sandy Boutin, cofondateur et président du FME, nous avait décrit son événement en trois mots (et quelques) : «C’est festif, intimiste et de qualité.» Il disait aussi que c’était «le meilleur festival du monde». On l’a cru sur parole, mais on avait quand même hâte de vraiment le voir pour totalement le croire. Eh bien, après avoir passé quatre jours à ce rendez-vous courru, on serait bien en peine de le contredire.
En effet, comme cela avait été le cas lorsque nous avons couvert le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, nous avons été soufflés par l’accueil, la générosité et la gentillesse des gens. Et puis, dans un autre registre, par le faible prix de la bière.
Ce qui est très particulier, c’est effectivement l’intimité à laquelle appelle l’organisation. Têtes d’affiche, musiciens, techniciens, gens de l’industrie, journalistes et gens du public se croisent et se confondent. Pas de niaisage avec des zones VIP ou VVIP; tout le monde est là pour le trip et pour la musique.
Les concerts commencent relativement tard, party jusqu’aux petites heures oblige. La brillante formule des shows en 5 à 7 permet aux amateurs de découvrir une multitude d’artistes qui se produisent gratuitement, en même temps, dans divers petits endroits de la ville. Les billets pour les «gros» shows sont accessibles, et on peut voir une montagne de concerts pour un maigre 10 dollars.
Pendant quatre jours, on s’est donc promenés d’un petit bar à un autre, faisant de chouettes découvertes. En arrivant sur place jeudi soir, on a par exemple vu et adoré Ponctuation, duo rock garage qui se produisait dans un Cabaret bondé où il devait faire près de 55 degrés Celsius. Les deux frères de Québec ont vraiment offert une performance du tonnerre.
Vendredi en soirée, et en extérieur, Louis-Jean Cormier a présenté des pièces de son extrêmement attendu premier album solo qui débarque dans les bacs dans deux semaines. Puis, Feist a suivi, et le public aussi. Ayant principalement opté pour ses pièces plus douces, la Torontoise a tout de même réchauffé les spectateurs avec, par exemple, My Moon My Man, pointant vers la pleine lune qui brillait au-dessus de la foule. Chose frappante, aucun spectateur ou presque ne filmait le spectacle avec son téléphone intelligent (!). Ce phénomène merveilleux et stupéfiant s’est reproduit dans tous les concerts auxquels nous avons assisté. Prenons-en bonne note, Montréal.
Vers 1 h du matin, nous avons fait une découverte magnifique : The Cyborgs. Deux types avec des masques qui ont servi du bon rock bluesé dansant. En jouant beaucoup sur leurs déguisements d’extraterrestres et leur pseudo-statut d’alien, ils ont séduit le public en quelques tounes à peine.
Samedi, au plus excentré bar Le Groove, c’est Antoine Corriveau et ses excellents musiciens, Julie-Blanche à la voix et aux percus, Christian Gagnon à la guitare, Pascal Sallafranque à la basse et Stéphane Bergeron, de Karkwa, à la batterie, qui se sont produits en formule 5 à 7. Sur la scène minuscule, les interprètes semblaient en cohésion musicale totale. Plusieurs se sont ensuite rassemblés pour voir le show-surprise donné par l’émouvant Dany Placard dehors, juste comme ça, devant le garage du coin. Trop bien. Accompagné de ses musiciens et des Sœurs Boulay aux chœurs, celui qui vient de lancer l’album Démon vert a fait résonner son country-folk dans un endroit qui lui seyait à merveille.
Hier, les organisateurs dénombraient un total de 32 000 entrées. Un record! La 11e édition se tiendra du 29 août au 1er septembre 2013. Réservez vos vacances!
Trois coups de coeur non musicaux
1) Le parc national d’Aiguebelle. Après une nuit de rock et de «pas-de-sommeil», il n’y a rien comme une marche en plein air et une balade sur un pont suspendu pour se remettre l’esprit en place. Revigorant.
2) Le Bistro Jezz. Un arrêt gourmand absolument charmant et une excellente alternative à l’omniprésente poutine! (Situé au 117, 8e Rue)
3) Le karaoké du Bar des chums. Beaucoup de talent, vraiment, dans cet endroit on ne peut plus authentique. Comme nous l’ont appris des locaux, un des habitués du bar, Philippe Roy, s’est déjà rendu à Star Ac’ et, en direct, a demandé aux gens de ne pas voter pour lui. En tout cas, il chante bien en maudit.
Les beaux moments
- Étonnant. Christian Fortin
Seul avec sa guitare, l’artiste originaire du Lac-Saint-Jean a brassé l’assistance avec ses textes et sa dégaine non-traditionnelles. Drôle de type. Performeur dynamique.
- Découverte. The Cyborgs
Cachés derrière leurs masques, les deux mecs des Cyborgs ont raconté qu’ils venaient de très, très loin, genre de l’avenir. Après vérification, ils sont simplement italiens.
- Artistique. Yarnbombing
Suivant la tendance de l’heure connue sous le nom de «yarnbombing», plusieurs monuments, arbres et parcomètres de la ville étaient recouverts de jolis tricots.
- Mémorable. Avec pas d’casque
Au sommet de leur forme, l’imbattable Stéphane Lafleur et ses compagnons ont interprété beaucoup de morceaux d’Astronomie, mais ont aussi présenté de vieilles pièces datant de l’époque où le groupe était encore un duo. Un moment magique, comme on dit.