Culture

Katy Perry: Sur toutes les lèvres

Marc-André Lemieux, Métro

Il y a trois mois à peine, personne ne savait qui était Katy Perry.

Aujourd’hui, non seulement on sait qui elle est, mais on sait aussi qu’elle a embrassé une fille… et qu’elle a aimé ça!

Son nom fait courir les foules, ses disques se vendent comme des petits pains chauds et ses prestations live sont parmi les plus appréciées de la saison estivale. La cause de tout ce branle-bas de combat? Une chanson, une seule.

Depuis sa sortie, I Kissed a Girl accapare les ondes radiophoniques. À moins d’avoir passé les deux derniers mois terré dans une grotte quelque part dans le nord-est du Yukon, il est tout simplement impossible d’ignorer l’existence de ce tube en puissance qui fait l’apologie des doux baisers entre membres de la gent féminine. Le morceau de style dance pop trône d’ailleurs au sommet du Hot 100 américain depuis sept semaines.

«J’ai réalisé [l’ampleur du succès remporté par la pièce] quand j’ai commencé à recevoir des tonnes de messages textes de mes amis qui disaient : « C’est bizarre, j’ai entendu ta chanson cinq fois à la radio aujourd’hui » ou « Ils l’ont fait jouer au supermarché » ou « Même ma mère la connaît! » raconte la jeune Américaine de 23 ans.

Rejointe par téléphone à Saskatoon, l’un des nombreux arrêts du Vans Warped Tour au pays, Katy Perry ne donne pas l’impression d’être exténuée par les concerts, les tournées de promotion et les entrevues à la chaîne. C’est d’une voix enjouée et très expressive qu’elle parle de son parcours musical et de sa surprise face à l’engouement critique et populaire créé par sa composition.

«Je me disais que le titre allait piquer la curiosité, que ça allait faire tourner quelques têtes, mais jamais autant que ça! s’exclame-t-elle. Je trouvais que c’était un peu comme un mouton noir. J’ignorais que tout le monde allait l’adopter.»

Un garçon manqué

Dans le vidéoclip de I Kissed a Girl, Katy Perry se la joue sexy. Bustier provocant, porte-jarretelles, talons hauts, regard aguicheur, pyjama party coquin avec ses copines… La chanteuse projette l’image d’une jeune poupée de la pop qui passe la majeure partie de son temps à se brosser les cheveux et à se pavaner devant le miroir. Or, celle qui a intitulé son premier album One of the Boys insiste : l’habit ne fait pas le moine.

«Au fond, je suis un garçon manqué, révèle-t-elle. En spectacle, je ne me contente pas de chanter mes chansons tout doucement derrière mon micro; je grimpe sur les haut-parleurs et je me laisse aller. Dans la vie de tous les jours, c’est pareil.»

«Je préfère me tenir avec des gars, parce qu’ils sont plus cool et plus audacieux que les filles, ajoute-t-elle. Je me souviens d’une fête il y a deux étés. Tous les gars s’amusaient à sauter dans la piscine du haut du toit de la maison. Ils étaient les seuls à le faire. Aucune fille n’osait se lancer… à part moi. J’ai toujours eu un petit côté rebelle. Je ne suis pas du genre à craindre de me casser un ongle!»

Pour ou contre?

Katy Perry n’a pas que des admirateurs. Alors que des groupes chrétiens lui ont reproché de promouvoir la promiscuité et l’homosexualité avec I Kissed a Girl, des associations gaies et lesbiennes ont publiquement condamné, en début d’année, sa chanson Ur So Gay. Le titre, un règlement de compte avec un ex-petit ami, a été qualifié d’«homophobe» et de «sexiste» par certains activistes.

En entrevue, Perry se moque de la controverse suscitée par les deux premiers extraits de son album. «Avec moi, ce que tu vois est ce que tu as… et il y a beaucoup à voir, donc beaucoup à comprendre, dit-elle. Je ne joue pas de jeu. J’ai toujours eu une opinion sur tout et je ne me suis jamais censurée.»

Repousser les limites et les conventions établies ne fait toutefois pas partie du plan de carrière de l’auteure-compositrice-interprète.

«Je ne passe pas mon temps à me demander : « Qu’est-ce que je pourrais bien faire pour les choquer? » précise-t-elle. Ma musique est le reflet de ma vie… et je ne mène pas une vie plate. Avant d’obtenir du succès, quand j’avais seulement 10 $ dans les poches, je m’assurais toujours que peu importe ce que je décidais de faire avec cet argent, ça allait être le 10 $ le mieux dépensé de l’histoire de l’humanité!»

De toutes les pièces qui figurent sur One of the Boys, c’est toutefois la ballade rock Thinking of You que Katy Perry préfère. Selon la chanteuse, le titre montre son côté vulnérable, une facette de sa personnalité dont plusieurs ignorent l’existence.

«C’est une chanson que j’ai composée sur ma guitare acoustique dans mon petit appartement, dit-elle. J’ai commencé à la jouer dans des soirées à micro ouvert au café du coin. Elle suscitait une grosse réaction chez les filles. Ça me rendait très heureuse. Je sentais que ça me donnait une certaine légitimité.»

Katy Perry chante peut-être les vertus d’un baiser entre filles, mais ce qu’elle veut au fond, c’est leur accolade.

One of the Boys
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