Pierre Lapointe: Sortir de sa coquille
Au fond, Pierre Lapointe est un grand timide. «J’ai passé mon adolescence à vouloir me fondre avec la couleur du mur. Je voulais disparaître», dit-il.
Le chanteur porte encore en lui le souvenir de cette soirée du 14 février 2000, où il est monté sur scène pour la toute première fois. Troublé par le public, le jeune compositeur n’avait pas réussi à prononcer un seul mot avant de s’installer au piano. «Après ma prestation, les gens m’ont dit que j’avais l’air baveux», raconte-t-il en riant.
Au début de sa carrière, Pierre Lapointe n’a pas hésité à jouer la carte de l’arrogance pour camoufler une gêne quasi-maladive. Sa stratégie improvisée s’est vite transformée en une opération marketing fort efficace.
«Je n’avais pas de disque et je savais que, pour percer, il fallait que, les gens se rappellent de moi, explique-t-il. Mon concept n’a pas été de m’habiller en jaune et en rouge comme un logo de McDo. Ç’a été de prendre un accent français et d’avoir l’air snob! L’idée de base était peut-être ben niaiseuse, mais ç’a marché.»
Et comment!
Après avoir écoulé plus de 200 000 exemplaires de ses deux premiers CD, gagné une demi-douzaine de prix Félix et présenté quelques-uns des concerts les plus marquants du début du troisième millénaire, le chanteur de 27 ans revient avec Sentiments humains, un opus grandement inspiré du spectacle Mutantès, créé en 2008 à l’occasion des 20e FrancoFolies de Montréal. L’album est le fruit de la collaboration entre Lapointe et Philippe Bergeron, qui en signe la réalisation. Dans son travail, le tandem a été épaulé par nul autre que Daniel Bélanger, à qui a été confié le rôle de conseiller à la direction artistique.
Si aujourd’hui, l’idée d’un Pierre Lapointe réservé en étonne plusieurs, c’est parce qu’ils n’ont pas écouté son dernier album. Comptant 12 titres à forte charge émotive, Sentiments humains nous dévoile une facette très peu connue de son auteur, qui s’y livre sans pudeur, la plupart du temps à travers des textes sombres et mélancoliques. Des pièces rock enflammées comme L’enfant de ma mère et Au bar des suicidés renvoient l’image d’un être torturé tentant désespérément de conjurer ses démons.
En entrevue, le chanteur se fait cependant rassurant. «Je vais très bien, insiste-t-il. À vrai dire, j’ai composé la majorité des chansons du disque dans un état de bonheur presque ésotérique. Je venais de finir le show avec l’Orchestre métropolitain. Le stress était tombé d’un coup. J’étais complètement grisé par ce que je venais de vivre. Je trouvais l’humain beau. J’en parle aujourd’hui et je trouve ça drôle. J’ai eu l’impression de planer pendant deux semaines. Je n’ai jamais pris de drogue dure, mais ça doit être le même genre de buzz.»