La rumeur s’emballe dans la pièce Pervers
Dans Pervers, pièce irlandaise mise en scène par Philippe Lambert qui se déploiera sur les planches de La Licorne dès ce soir, Marie-Hélène Thibault assume un rôle qu’elle qualifie de «fascinant» : L’Autorité.
C’est l’histoire de Gethin (Mikhaïl Ahooja). Un jeune homme sûr de lui, limite arrogant, qui, désireux de faire sa marque dans le monde du cinéma, se lance dans un projet risqué. Souhaitant faire quelque chose de très original et explorer la force du qu’en-dira-t-on, il demande à sa jeune sœur de lancer des rumeurs douteuses sur sa propre personne.
Caméra à la main, il s’emploie ensuite à tourner un film sur le sujet. Évidemment, le cinéaste en devenir ne s’imagine pas que tout cela pourrait fort bien déraper. Et ça dérape : Gethin, sali par des rumeurs qu’il a lui-même lancées, se retrouve dans le pétrin… et au poste de police. Sommé de s’expliquer devant un enquêteur qui s’appelle «L’Autorité». Un rôle que tient Marie-Hélène Thibault et qui, même dans la pièce originale de Stacey Gregg, n’a ni âge, ni sexe, ni nom, ni prénom. C’est tout simplement L’Autorité.
«C’est assez particulier! À un moment, je me suis même demandé comment ça se fait que c’est moi qui joue ça? explique en riant l’interprète. En raison du manque d’informations précises sur mon rôle, l’essentiel de mon travail consistait à lui trouver une énergie. Finalement, je me suis dit que cette figure avait une énergie entre les deux. Un peu féminine, un peu masculine!» Un défi particulièrement intéressant pour celle que vous avez entre autres pu voir à la télévision dans Le gentleman, Providence, ou encore dans la websérie Les chroniques d’une mère indigne. «C’est extrêmement intéressant à explorer, surtout que j’ai une longue scène de confrontation avec le personnage de Gethin. Une fascinante scène d’interrogatoire même!»
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Les habitués de la Licorne seront ravis, car Pervers s’inscrit dans la lignée des pièces irlandaises présentées par le théâtre de l’Est du Plateau, comme le récent Ce moment-là, de Deirdre Kinahan. Eh oui, il y a quelque chose dans cette dramaturgie qui intrigue. Notamment ces personnages qui semblent toujours sur le point, soit d’imploser, soit d’exploser. «On regarde ces gens-là vivre et on se demande ce qui va se passer, explique Marie-Hélène Thibault. Ils peuvent avoir l’air éteints, mais il y a de la fumée qui monte! En dessous, ça gronde! Ils sont là, dans un calme apparent, à ne pas trop se rendre compte qu’ils sont dans le drame et à se lancer des répliques parfois très, très drôles.»
Car, malgré le sujet, assez sombre, la pièce, traduite en français par Catherine Léger, adopte un ton souvent humoristique. «C’est une écriture qui est, en quelque sorte, la marque de la Licorne, avance l’actrice. Une écriture très accessible qui rend les sujets durs et troublants intelligibles. C’est rythmé, vivant. Ainsi, quand le drame arrive, le spectateur est disposé à le recevoir.»
Dans Pervers, une pièce «qui n’a rien de choquant ou de sulfureux à regarder», il sera subtilement question des rumeurs qui explosent en l’espace de quelques secondes et de vie privée qu’on expose et qu’on n’essaye même plus de protéger. Mais ne vous attendez pas à un exposé didactique sur les problèmes abordés. Car le traitement est plus subtil, assure Marie-Hélène Thibault. «Ça parle de plein de choses, sans que ce soit ça, le sujet. C’est très incarné, comme écriture. Et très actuel.»
Pervers
La Licorne
Dès mardi soir et jusqu’au 23 février
Présentée avec des surtitres anglais les vendredis de février