Culture

Les oubliés de la légalisation

Les oubliés de la légalisation
Photo: Télé-Québec

La légalisation du cannabis était sur toutes les lèvres l’automne dernier. Dans l’océan d’information diffusée à ce sujet, les voix d’acteurs concernés n’ont pas été entendues: celles des trafiquants du marché noir. Le journaliste Simon Coutu braque sa caméra sur eux dans Cannabis illégal, diffusé le 17 avril à 20h sur Télé-Québec.

N’interviewe pas qui veut les joueurs du marché noir du cannabis. «Ces gens n’ont rien à gagner à parler aux journalistes­», affirme d’emblée le reporter de Vice Québec.
Si Simon Coutu a eu accès à ce milieu underground, c’est notamment parce qu’il couvre depuis quatre ans les enjeux qui touchent de près ou de loin les drogues.

«Sachant que tout le monde irait voir les producteurs autorisés, les politiciens et la Société québécoise du cannabis (SQDC), je voulais aller voir ceux à qui personne ne parle, ceux à qui moi, j’avais accès parce que je m’intéresse à cette industrie depuis un certain­ moment.»

C’est ainsi que Simon Coutu s’est retrouvé en plein jour à bord d’un avion en compagnie d’un voleur de cannabis en repérage, puis en pleine nuit au beau milieu d’un champ avec ce même trafiquant, à dérober la culture illégale d’autrui.

Son objectif : témoigner des impacts de la légalisation sur le marché noir. Premier constat : la culture illégale est loin d’avoir dit son dernier mot, à la grande surprise du principal intéressé.

«Je m’attendais franchement à ce qu’il y ait un impact négatif sur les affaires de ce milieu. Ça n’a pas été le cas; même que, pour certains, les affaires sont meilleures qu’avant.»
La légalisation est en place depuis seulement six mois et elle s’est faite très vite, nuance-t-il, citant en exemple la pénurie rapide de stock. «J’ai l’impression qu’il faut donner la chance au coureur. La légalisation, c’est un laboratoire en ce moment. Donc, je pense qu’il est normal que le marché noir soit encore très vivant. Il faudra voir dans cinq ans.»

Déjà, il a constaté que la hausse de la peine minimale de prison pour vente de cannabis, passée de 3 à 14 ans, en fait réfléchir plus d’un. Un intervenant mentionne d’ailleurs dans le documentaire qu’il ne souhaite plus prendre ce risque simplement «pour vendre du weed».

D’autres songent à s’intégrer dans le système légal. C’est le cas d’Hugo Sénécal et de Shantal Arroyo, les deux seules personnes à témoigner à visage découvert. Le premier, dont le visage a fait la une des journaux le 18 octobre à titre de client n° 1 de la SQDC, fabrique des produits dérivés qui ne font pas partie de l’offre de cette même SQDC. La deuxième opère illégalement la clinique La croix verte, dans le quartier Centre-Sud, mais a présenté une demande pour obtenir une microlicence.

«Plusieurs questions se posent : est-ce que le marché noir est capable de se régulariser­? Est-ce que le gouvernement est capable de regarder ce qui se passe sur le marché noir et de s’adapter aux habitudes de consommation et aux dynamiques de ce marché?» questionne Simon Coutu.

Les défis de l’underground

La création de Cannabis illégal a nécessité plus d’un an de préparation et 25 jours de tournage. Le premier grand défi de la production : convaincre des criminels de montrer leur réalité devant la caméra.

«Pour un dealer qui se retrouve à l’écran, il y en a 10 qui m’ont dit non», estime Simon Coutu, qui souligne la précieuse collaboration du recherchiste Carlos Guerra et du réalisateur Éric Piccoli dans ce travail.

Pour les convaincre de témoigner, le journaliste n’avait qu’un argument, dit-il : «Si tu ne me parles pas, ça se peut que ce qu’on raconte sur vous ne soit pas exact.»
Après une «succession de cafés, de soupers et de bières sans caméra» et la promesse de brouiller leurs visages et leurs voix au montage, ç’a été mission accomplie.

Le défi suivant a été d’accompagner ces criminels au cœur de leurs activités illicites. «C’est sûr que lorsque je m’en vais dans un champ avec un trafiquant de cannabis, il y a certaines personnes de mon entourage qui savent où je me trouve à ce moment-là», résume le journaliste, qui admet avoir trouvé l’expérience «thrillante» malgré les risques qu’elle comporte.

Autre notion primordiale à ses yeux : ne jamais être complaisant. À l’écran, Simon Coutu ne se gêne pas pour interroger des trafiquants au sujet de leurs intentions parfois douteuses. «Le style de journalisme que je fais donne nécessairement une apparence de proximité, car on ne peut pas avoir ce genre de confidences et d’accès sans cette proximité. Cela dit, c’est super important de ne pas donner l’impression que j’approuve ce que ces gens font. Ils sont hors la loi. Ce n’est pas mon cas.»

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