Soutenez

Stephen Faulkner: intègre et imparfait

Jessica Émond-Ferrat - Métro

C’était au Verre Bouteille, en 2005. Sarah Fortin était venue assister à un spectacle de Stephen Faulkner, auteur-compositeur-interprète connu dans les années 1970 comme le «Cassonade» qui a accompagné Plume Latraverse avant de faire carrière en solo. «Il y avait peu de gens dans l’audience, se souvient-elle. En entrant sur scène, il a dit : « Je suis content que vous soyez là ce soir. Je suis en peine d’amour, ma blonde m’a laissé, je n’ai plus d’agent, et à minuit ce soir, je vais avoir 51 ans. » Puis, il a commencé à jouer. Il a donné un show extrêmement généreux. J’ai eu envie de consacrer un film à ce personnage intègre, imparfait, mais qui a toujours donné tout ce qu’il avait.»

Dès la fin du concert, la jeune cinéaste est allée exposer son projet à Faulkner. «Il m’a dit : « Dépêche-toi de le faire, ton film, parce que j’arrête bientôt. » Mais je n’y croyais pas, affirme-t-elle. Cet homme est trop intense, c’est un artiste jusqu’au bout des doigts, je ne voyais tout simplement pas ce qu’il ferait s’il arrêtait la musique!»

Avec?J’m’en va r’viendre, Sarah Fortin n’a pas voulu relater la vie et la carrière de Faulkner, mais s’est plutôt concentrée sur une période de celle-ci. Pendant un an et demi, elle a suivi le musicien alors qu’il tentait de donner un second souffle à sa carrière avec un nouveau groupe. «Au début, il tentait de maintenir une certaine image de lui-même. Mais ça n’a pas été long avant qu’il comprenne ma démarche et se laisse aller, sans filtre.»

Le fait que Faulkner soit musicien était, à la limite, secondaire, explique la cinéaste. «La musique prend une grande place, évidemment, mais je voulais surtout qu’on puisse s’attacher au personnage de Faulkner, qu’on le connaisse ou non. Je souhaitais aussi montrer à quel point on a une vision tordue des artistes, des fois. Ils n’ont pas tous droit à des traitements de faveur. Au-delà du personnage, je voulais porter un regard critique sur l’industrie culturelle.»

Du court au long
J’m’en va r’viendre est le premier long métrage de Sarah Fortin, mais il ne s’agit pas d’un choix prédéterminé de la réalisatrice. «Au départ, on n’était pas certains de la durée, dit-elle. J’avais prévu tourner environ six mois, mais rendue là, il ne s’était pas encore passé grand-chose et j’ai décidé de continuer, pour pouvoir boucler la boucle. Ç’a fina-lement duré environ un an et demi.»

La cinéaste admet qu’elle aurait pu continuer encore plus longtemps : «Chaque fois que je parle à Stephen Faulkner et qu’il me raconte quelque chose qui lui est arrivé, je me dis : « Ah, non, ça aurait été bon pour le film! » Mais il faut savoir quand arrêter, même s’il y avait toujours quelque chose de nouveau à dire!»

J’m’en va r’viendre

À la Grande Bibliothèque
Jeudi soir à 20 h

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.