Culture
08:57 2 juillet 2020 | mise à jour le: 2 juillet 2020 à 15:40 temps de lecture: 6 minutes

«Canada’s Drag Race»: les nouvelles reines

«Canada’s Drag Race»: les nouvelles reines
Photo: CraveRita Baga

La Reine Elizabeth II peut aller se rhabiller, le Canada s’apprête à couronner sa nouvelle souveraine. Sa Majesté des drag queens pourrait être montréalaise, puisque Kiara et Rita Baga représentent la Belle Province dans la première mouture de Canada’s Drag Race: Que la meilleure gagne, adaptation locale du phénomène Ru Paul’s Drag Race.

Messieurs, démarrez vos moteurs, et que la meilleure femme gagne! Après des mois d’attente, la course vers le trône est officiellement lancée. Rita Baga et Kiara ne cachent pas leur excitation. «On a hâte, ça fait longtemps!» lancent-elles presque à l’unisson.

C’est que la compétition a été filmée il y a plusieurs mois, bien avant que la pandémie de  la COVID-19 n’interrompe brutalement nos vies. «On n’a pas eu à se filmer à deux mètres de distance avec des masques on the runway!» blague Kiara, 21 ans, dont le nom de tous les jours est Dimitri Nana-Côté.

Pour les deux aspirantes superstar du drag, être sélectionnées dans cette première édition canadienne de la célèbre télé-réalité est un rêve en soi. «Kiara et moi regardons assidument Ru Paul’s Drag Race. Cette émission est comme le hockey pour la communauté queer, ça nous permet de nous rassembler, de regarder les “matchs” dans les bars. C’est surréel d’y participer», soutient Rita Baga, qui cumule 13 ans d’expérience dans le milieu.

«C’est historique», renchérit sa consœur.

Un grand secret entoure la production de Canada’s Drag Race. À plusieurs reprises au cours de notre entretien, les phrases «En tout cas, vous allez voir!», «Je ne pense pas que j’ai le droit de parler de ça» et «J’essaie d’établir la limite de ce que je peux divulguer» ont été prononcées.

«C’est contraignant!» finit par échapper dans un grand éclat de rire Rita Baga, Jean-François Guevremont de son vrai nom.

Impossible de savoir, par exemple, si comme pour la finale de la plus récente saison de RPDR, le couronnement se fera par vidéoconférence. (On espère que non!)

«En drag, je deviens quelqu’un d’autre, ce qui me permet d’aller dans des zones où je n’irais pas en tant que gars.» Kiara /Dimitri Nana-Côté

Ce qu’on peut dire : cette adaptation canadienne ne dépaysera pas les habitués de la populaire émission de nos voisins du Sud. La même formule avec confidences à l’écran et défis en tous genres, dont le fameux Snatch Game, attendent nos reines du Nord, qui seront jugées d’après leur charisme, originalité, personnalité et talent (traduction libre de la fameuse devise de Ru: charisma, uniqueness, nerve and talent).

Celui qui donne son nom à la version originale fera quelques apparitions, mais l’animation de ce penchant nordique sera assurée à tour de rôle par diverses célébrités, pour la plupart canadiennes, dont la complice de Ru, Michelle Visage, et l’humoriste Tom Green (!).

Trois juges seront présents tout au long de la compétition: la drag queen torontoise Brooke Lynn Hytes (finaliste de la saison 11 de RPDR), l’acteur Jeffrey Bowyer-Chapman (Unreal) et la mannequin Stacey McKenzie (Canada Next Top Model).

Prenant bien soin de ne rien révéler, les deux participantes québécoises soutiennent que leur expérience a été enrichissante. «Déjà, entre le voir et le vivre, c’est deux choses», avance Rita Baga, sous un «hum hum» approbateur de Kiara.

«C’est vraiment comme si on entrait dans notre émission préférée, résume cette dernière. J’ai vraiment hâte de voir toutes les pièces du casse-tête réunies: les confessionnaux de tout le monde, les critiques des juges…»

Bien qu’il s’agisse d’une compétition, la camaraderie entre les deux drag queens est palpable. On doit tout de même s’attendre à voir quelques tensions à l’écran entre les 12 aspirantes reines, qui souhaitent toutes être couronnées et, ainsi, remporter le grand prix de 100 000$. «C’est sûr que quand on met plusieurs personnalités fortes dans la même pièce, il y a un peu de drame! lance Kiara en riant. Les gens vivent la pression de façons différentes.»

«Je peux être très zen, même low profile en gars. En drag, je suis plus all over the place. C’est ainsi que j’ai trouvé mon équilibre.» Rita Baga/Jean-François Guevremont

Kiara et Rita Baga sont les seules représentantes francophones de CDR. L’émission sera diffusée en anglais avec sous-titres en français. «On peut imaginer que si on a été sélectionnées, c’est qu’on a jugé que notre anglais était suffisant. Est-ce vrai? Il faudra l’écouter!» blague Rita Baga.

On rit, mais le drag, c’est du sérieux. Plus qu’un simple divertissement, ce mouvement est depuis toujours militant. Tout récemment, Kiara (rare drag queen de couleur au Québec) et Rita Baga ont profité de leur tribune pour parler de racisme systémique.

«C’est impensable de ne pas avoir ces discussions étant donné qu’on est vraiment à l’avant-plan de notre communauté, avance Kiara. C’est vraiment important de militer pour les causes qui nous tiennent à cœur et d’inviter les gens à en parler.»

Rita Baga, qui a plus de 25 000 abonnés sur Instagram, a réfléchi à son usage des réseaux sociaux au cours de la pandémie. «Quand on a une plateforme, il faut l’utiliser sciemment et essayer de faire rayonner les gens qui n’ont pas nos privilèges. C’est beau mettre des photos où on a de super beaux looks, mais il faut aussi passer des messages, élever des voix.»

Ça mérite un «amen».

Kiara et Rita Baga sont 2 des 12 participantes à Canada’s Drag Race, diffusé les jeudis sur Crave dès le 2 juillet.

Canada’s Drag Race
Kiara

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