Culture
12:00 22 mars 2011 | mise à jour le: 22 mars 2011 à 12:00

C'est vendredi, on fait l'amour!

C'est vendredi, on fait l'amour!

Mon personnage humoristique de Renaud, un déficient intellectuel à la candeur et à la naïveté extraordinaires, a déjà commencé un numéro par : «Pis? Y a-tu ben du monde qui ont fourré dans l’cul hier?» Drôle? Selon moi, oui. Déplacé? Peut-être! Libérateur? Certainement!

On aime Renaud pas juste parce qu’il est vulgaire, on l’aime profondément parce qu’il a quelque chose qu’on n’a plus : la possibilité de dire tout ce qu’il pense. Et plus, celle de dire même tout ce qu’il ne pense pas.

J’entends déjà les Twitteux et les blogueurs de ce monde nous dire qu’il est plus facile que jamais, de nos jours, de donner son opinion. En effet, sauf qu’avant, des milliers de personnes lisaient les opinions d’une poignée, alors que maintenant, c’est une poignée de personnes qui lisent les opinions de milliers d’autres. À force d’avoir tout le monde qui donne son opinion, on finit par n’écouter personne. 

En fait, il s’agit de plus que de la liberté d’expression. Il s’agit du magnétisme de l’interdit. On a tous un faible pour l’interdit. Et là, je ne parle pas de ce qui est illégal ou immoral. Je parle de l’interdit jouissif, amusant, imma­ture et inutile : crier dans une église, dire des vulgarités dans un micro, entrer dans une salle de cinéma et crier la fin du film, décider que c’est le vendredi qu’on fait l’amour… Renaud lui, vit avec l’interdit. Il nage en plein dedans, il fait un doigt d’honneur à la censure et ne s’alimente que du fruit défendu. 

On vit dans une société où tout est calculé, tout est mesuré et planifié. Le texte que vous lisez, il m’aurait été impossible de l’envoyer directement en publication. Un journaliste, un rédacteur et même un avocat ont passé à travers pour être sûrs qu’il n’offusque personne. Renaud est privilégié, il ne sait même pas ce que c’est qu’un avocat.

Attention, je ne suis pas en train de vous faire la morale (à la poignée de personnes qui me lisent) puisque moi-même, je dois me déguiser en personnage et faire le handicapé pour y arriver, et ce, sûrement parce que je manque de courage. Alors, vous n’êtes pas obligés de répondre, mais, y a-tu ben du monde qui ont fourré dans le cul hier? 

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– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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