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Faut que ça danse!

De Baie-Comeau au Caire. C’est le périple qu’ont effectué les réalisateurs Isabelle Lavigne, Stéphane Thibault et le reste de la famille qu’ils ont suivie entre deux documentaires. Après avoir parlé de hockey dans Junior, ils ont déménagé leurs pénates en Égypte pour La nuit, elles dansent, qui porte sur une famille de danseuses.

Ils ont sillonné la région pendant quatre mois, assistant à de nombreux ma­riages afin de trouver leurs héroïnes. «On se retrouvait souvent dans un milieu glauque avec des filles qui ne voulaient pas nous parler, se rappelle Isabelle Lavigne. On s’est retrouvés dans une communauté d’immigrants palestiniens, et le gars qui nous faisait rencontrer des filles trouvait qu’on ne le payait pas assez. Il est allé dire aux gens du quartier qu’on voulait faire un film porno…»

Le duo finit par jeter son dévolu sur Reda, la mère d’une famille de trois enfants dans laquelle le métier de danseuse se transmet de génération en génération. «On en parlait au début, et Reda se tapait sur les cuisses, raconte Stéphane Thibault. Elle se disait : « Ça va être bon, ce film-là. Il y a des chicanes, du monde qui se fait mettre en prison, une femme qui tombe en amour et son histoire d’amour ne marche pas, un autre qui veut lui demander sa main… »»

La danse n’est bien souvent qu’un prétexte pour explorer ce microcosme au riche potentiel dramatique. «On ne cherche jamais des sujets, avoue Isabelle Lavigne. Il doit y avoir quelque chose de plus profond. Ce sont des histoires de femmes qui résistent au patriarcat, aux formes d’oppression dans une société traditionnelle. Elles transgressent les codes moraux. Elles assument leur sexualité en gagnant leur vie grâce à leur corps, à leur beauté, et elles doivent composer avec les jugements… On n’en parle pas tant que ça, de la danse. C’est plus une histoire de filiation, de la manière dont une mère défend corps et âme ses enfants, tout en les mettant en même temps dans des situations dangereuses. C’est plus un film sur une famille.»

En route vers Cannes
La nuit, elles dansent a eu l’honneur d’être sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes. Voilà 40 ans qu’aucun documen­taire québécois n’y a figuré, soit depuis la belle époque des Pierre Perrault, Michel Brault et Fernand Dansereau. «Ce qui me fait plaisir, c’est de rappeler que le documentaire est du cinéma et que les documentaristes sont des artistes, lance la cinéaste Isabelle Lavigne. Et aussi de voir que les films du Québec qui vont à Cannes sont tous indépen­dants. Qu’on donne le temps et les moyens pour aller au bout d’un projet ciné­ma­tographique, et que ça paye.» Stéphane Thibault confie pour sa part que le projet a failli ne jamais voir le jour. «Le film était refusé partout. On se disait : « Est-ce qu’on tire la plogue sur ce film-là? » Une chance qu’on a continué!» 

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