Illégal: dans le ventre du dragon
C’est un des thèmes les plus traités ces dernières années dans le cinéma européen. Le sort des sans-papiers, ces gens qui cherchent un coin de paradis dans Welcome de Philippe Lioret, un peu de quiétude dans Éden à l’Ouest de Costa-Gavras et qui poussait des enfants à la révolte dans Les mains en l’air de Romain Goupil. Du côté d’Illégal, d’Olivier Masset-Depasse, une immigrante clandestine russe (Anne Coesens) qui séjourne en Belgique est séparée de son fils et placée en détention en attendant d’être renvoyée dans son pays d’origine.
Le projet est né d’un reportage télévisé. «Je me rends compte que ce centre est à 12 km de chez moi, se rappelle le réalisateur et scénariste belge. J’entends des phrases comme « prisons pour enfants », « prisons pour innocents ». J’ai un malaise. Comme tout le monde, j’y pense et puis je veux oublier. Sauf que je n’ai pas oublié.»
Il a fait des recherches qui se sont échelonnées sur une année. En compagnie d’un journaliste et d’un juriste de la Ligue des droits de l’Homme, il est allé sur le terrain pour voir ce qui en retourne, interrogeant sans-papiers, gardiens, infirmières, policiers de transfert et anciens directeurs de centre. Ce film coup-de-poing qui s’apparente au thriller psychologique est parsemé de scènes fortes où l’émotion coule à flot. «J’ai essayé d’être le moins dramatique possible, relativise celui à qui l’on doit également le long métrage Cages. Tout ce qu’on voit dans le film, c’est ce qui se passe le plus souvent. Des suicides, il y en a un tous les 15 jours… Mais j’ai vraiment élagué au maximum.»
Présenté au Festival de Cannes en 2010, où il a reçu le prix de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, Illégal a fait jaser, et pas seulement chez les cinéphiles. «À la suite d’une projection auprès, notamment, de députés européens, ces derniers m’ont dit que je ne proposais pas de solution, raconte le cinéaste. Je leur ai dit : « L’artiste pose des questions, il ne donne pas de réponses. Donnez-moi votre salaire et je vous donnerai des réponses. C’est vous qui devez donner des réponses. »»
Un choix délibéré
Olivier Masset-Depasse aurait très bien pu décider de faire d’Illégal un documentaire. Il en a été tout autrement. «L’intérêt de la fiction, c’est le pouvoir du travail de la subjectivité, explique le metteur en scène. Pendant 90 minutes, on peut parler des sentiments, des tentations. On peut ressentir des émotions, des sensations grâce aux différents effets visuels. C’est comme un jeu de rôle. Le spectateur peut entrer dans la peau du personnage. Et ça, je pense que c’est un pouvoir émotionnel plus grand.»
Illégal
En salle dès vendredi