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Dans les mots de Johnny Depp

Ned Ehrbar - Metro World News

Johnny Depp a entrepris de porter le roman The Rum Diary (Rhum Express) au grand écran peu après que lui et l’auteur, Hunter S. Thompson, eurent découvert le manuscrit du livre dans le grenier de ce dernier. Dans le film, un journaliste (Johnny Depp) du style de Hunter S. Thompson s’établit à Puerto Rico, où l’alcool local et une femme l’intriguent.

 À la veille de la sortie en salle du film, Johnny Depp raconte dans ses propres mots à Métro certains des souvenirs qu’il garde de sa grande amitié avec le défunt auteur.

Première rencontre

C’était aux alentours de la période de Noël 1994. J’étais à Aspen, et un de mes amis m’a dit que je devrais aller à la taverne Woody Creek et qu’il demanderait à Hunter de m’y rejoindre, si je souhaitais faire sa connaissance. Vers minuit, la porte d’entrée s’est ouverte.

Au départ, je n’ai vu que des étincelles, des étincelles qui fusaient dans tous les sens, puis des personnes qui bondissaient pour se mettre à l’abri. On pouvait entendre une sorte de voix étouffée qui clamait : «Laissez-moi passer, salauds!» Les eaux se sont séparées, et les étin­celles ont cessé. Il est arrivé devant moi, et ce gentle-man du sud s’est approché et m’a dit : «Je m’appelle Hunter. Comment allez-vous?» C’est tout. À partir de ce moment, ç’a été  une grande his­toire d’amour qui a duré jusqu’à sa disparition.

Au diapason du roi du journalisme
Nous partagions le même sens de l’aventure. L’une des choses que je vais chérir toute ma vie, c’est qu’il m’appelait dès qu’il éprouvait le besoin de vagabon­der et d’explorer. Il disait : «Colonel!» Il m’appelait «Colonel» ou «Colonel Depp». «Colonel! Il faut que tu sois à La Havane dans une semaine.»

J’étais au beau milieu d’un tournage en Angleterre. Je lui répondais : «Je pense que je peux probablement m’arranger.» Et je me retrouvais à bord d’un avion à destination de La Havane. Il est formidable de savoir à quel point une expérience est importante au moment où on la vit.  

Sur la route
Nous faisions la tournée de promotion de l’un de ses livres, et il voulait que je prenne la route avec lui à titre de directeur de tournée et de chef de la sécurité. Il m’appelait Ray, le chef de la sécurité. Il disait : «Je vous présente Ray, mon chef de la sécurité.» Et les gens s’exclamaient : «C’est Johnny Depp!» Il maintenait que je m’appelais Ray. Nous nous som­mes retrouvés à San Francisco, car il s’était fait un tour de reins. J’ai été enfermé dans une chambre d’hôtel avec lui pendant cinq jours consécutifs. Tout ce qui est écrit dans Fear and Loathing concernant les pample­mous­­ses et les cocktails de crevettes, tout cela est vrai. On vivait dans ses livres, quel que soit le livre qu’il écrivait.   

Le suicide de l’écrivain
J’étais ici, à Los Angeles. Ceux qui connaissaient vraiment Hunter savaient comment il affrontait la vie et déter­minait la façon dont il allait la vivre. Ils savaient qu’il n’était pas le genre d’homme à disparaître simplement. Ils savaient que ce serait volontaire. Je n’ai pas été particulière­ment surpris, car je savais que cela arriverait un jour.

Puis, j’ai commencé à maudire le salaud, pensant qu’il aurait pu m’appeler une dernière fois ou qu’il aurait peut-être pu faire une farce horrible avant de passer à l’acte. En fait, il avait fait la meilleure farce qui soit : selon ses dernières volon­tés, il souhaitait être pro­pulsé dans le ciel par un canon géant dans son arrière-cour. Il voulait un canon de 150 pi, mais aucun canon géant de cette taille n’existait. J’ai ensuite décou­vert que la statue de la Liberté mesure 151 pi. Je me disais qu’il allait me détester si le canon était plus petit que la statue de la Liberté.

Nous avons revu nos plans et nous en avons fabriqué un de 153 pi, battant ainsi le record. La blague suprême, c’est que nous étions tous forcés de nous concentrer sur autre chose que la perte d’un excellent ami. Il s’agissait maintenant de déterminer comment nous nous y prendrions pour expédier le salaud dans la stratosphère en toute légalité et en toute impunité.

Conseil de Bill Murray
Dans le film The Rum Diary, Johnny Depp incarne pour la deuxième fois un alter ego de Hunter S. Thompson, après avoir joué dans le film Fear and Loathing in Las Vegas en 1998. Cepen­dant, il n’est pas le premier acteur à essayer de personnifier le célèbre auteur. Il s’est avéré que son prédécesseur avait un conseil à lui donner.

«Je pense que c’était le premier jour de tournage de Fear and Loathing, et je m’étais tant imprégné de Hunter que je ne pouvais pas m’empêcher d’être Hunter, raconte Johnny Depp. Le premier jour, donc, Bill Murray, qui l’avait incarné dans Where the Buffalo Roam, m’a appelé. « Tu dois être prudent, m’a-t-il dit. Tu sais, la tendance qu’on a à devenir comme Hunter, à parler comme Hunter, à apprendre à penser comme lui? Elle ne s’en va jamais », m’a-t-il expliqué. J’étais déjà tellement plongé dans ce personnage qu’il était trop tard!»

The Rum Diary
En salle dès le 28 octobre

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