Culture

«Allô, voici mon pénis» ou pourquoi il faut prendre les «dick pics» au sérieux

Kim Lizotte anime le documentaire «Allô, voici mon pénis». Photo: Marie-Noël Pilon

Le sujet peut sembler frivole et susciter des sourires en coin. Mais les dick pics, c’est du sérieux. Dans le documentaire Allô, voici mon pénis, l’autrice et chroniqueuse Kim Lévesque-Lizotte explore les ramifications des photos de phallus non sollicitées.

D’entrée de jeu, Kim Lévesque-Lizotte affirme dans le documentaire avoir elle-même reçu «toutes les sortes de dick pics sur toutes les sortes de plateformes».

«La première dick pic que j’ai reçue, je me suis dit: “Ah c’est drôle”, mais le fait que je m’en rappelle aussi clairement montre que ça a vraiment eu un effet», précise-t-elle à Métro.

«Quand on en reçoit, on rit nerveusement, ce qui est un mécanisme de défense. C’est quelque chose qu’on fait pour banaliser un comportement problématique», ajoute-t-elle.

Une petite expérience menée au NeuroLab de l’UQAM pour Allô, voici mon pénis démontre d’ailleurs que ces images ont un réel impact sur le système nerveux des personnes qui les reçoivent.

Une dick pic non sollicitée est une agression

En partant du phénomène des dick pics, Allô, voici mon pénis ratisse large en traitant de violences sexuelles, de misogynie, d’intimité numérique, d’inégalités hommes-femmes, de masculinité toxique et d’éducation sexuelle.

«Si j’avais fait un documentaire qui se serait appelé Inégalités et masculinité toxique, ça aurait été lourd et personne ne l’aurait regardé! lance l’animatrice en riant. Mais ouvrir une porte sur l’éducation sexuelle avec un phénomène ciblé comme ça, je trouve ça parfait comme approche.»

À travers cette enquête, Kim Lévesque-Lizotte souhaite rappeler que l’envoi de ces clichés sans consentement constitue une violence sexuelle. «Même si tu n’es pas mal intentionné, si ce n’est pas sollicité, c’est une agression», insiste-t-elle.

Les témoignages de plusieurs femmes qui en reçoivent régulièrement, dont les personnalités publiques Catherine Fournier, Jessica Prudencio et Chantal Machabée, le démontrent clairement.

«Les insultes misogynes et les dick pics font partie de leur quotidien. Ces trois femmes essaient juste d’exister! Tout ce qui freine l’épanouissement des femmes me met dans un état pas possible!» s’indigne l’animatrice.

Ça me rappelle l’importance des luttes féministes. Christi, rien n’est gagné parce qu’il y a des femmes qui ne peuvent même pas exercer leur métier en paix!

Kim Lévesque-Lizotte

Pour une sexualité saine

Dans Allô, voici mon pénis, Kim Lévesque-Lizotte donne aussi la parole à quelques hommes dans le but de comprendre pourquoi plusieurs d’entre eux croient susciter du désir en envoyant des clichés de leur organe reproducteur.

«Le documentaire m’a permis d’avoir la version des gars, de comprendre pourquoi ils se rendent là. La dick pic existe parce que les hommes et leur pénis, c’est une histoire d’identité.»

«Ça doit rendre beaucoup d’hommes malheureux de penser que toute leur sexualité tourne autour de leur pénis, de la taille de leur pénis et de la performance de leur pénis», ajoute-t-elle.

À la fin du documentaire, l’écrivaine et ex-escorte Mélodie Nelson apporte une nécessaire réflexion sur le désir. Selon Kim Lévesque-Lizotte, la société au grand complet est plus que due pour un travail d’introspection.

«J’aime faire la promotion d’un retour à l’érotisme. Il y a une façon de bien vivre sa sexualité, de manière à ce que ce soit le fun et sain.»


Allô, voici mon pénis sera offert sur Crave dès le 22 décembre.

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