Grenadine: la (jeune) ingénue
– Tu as quel âge, au juste?
– 27 ans.
– Sérieusement? Je m’attendais à ce que tu me dises 18!
Julie Brunet, alias Grenadine, feint un soupir d’exaspération. Ce n’est pas la première qu’elle reçoit ce genre de commentaire. Loin de là. «Je me suis fait carter deux fois depuis qu’on est parti de Montréal!» lance-t-elle d’un ton mi amusé mi agacé, attablée dans un petit bar du centre-ville de Rouyn-Noranda.
Mais la jolie brunette a l’habitude de ces quiproquos. Voilà pourquoi elle n’en veut pas vraiment aux caissiers de la S.A.Q. et du supermarché qui – complètement bluffés par son teint de porcelaine et ses airs de jeune ingénue – lui ont demandé de sortir ses papiers d’identité. «Dans une dizaine d’années, je vais sûrement trouver ça l’fun, mais là, je suis à l’âge où mes amies s’achètent des maisons et attendent des bébés; je suis comme la fille pas rapport», dit-elle.
Le métier non conventionnel exercé par Grenadine nourrit également cette impression de décalage. Titulaire d’un baccalauréat en anthropologie et d’une maîtrise en archéologie, cette multi-instrumentiste a accompagné Cœur de pirate en tournée pendant trois ans avant de lancer, l’automne dernier, un premier EP éponyme. Réalisé par Étienne Dupuis-Cloutier (La patère rose), le mini album peut être téléchargé gratuitement sur le site web de l’artiste. Depuis sa mise en ligne, l’opus a trouvé 2 500 preneurs, ce qui aidera sûrement l’auteure-compositrice-interprète à convaincre un label de la prendre sous son aile.
«Je ne voulais pas me lancer dans le vide et produire un album complet dès le départ, explique-t-elle. Je ne voulais pas avoir à gérer moi-même la distribution, les relations de presse, etc. Je ne voulais pas m’embarquer dans quelque chose de trop lourd et me dire: «Si c’est un flop, je laisse tout tomber» Je préférais y aller plus doucement.»
Julie Brunet a peut-être adopté le pseudonyme de Grenadine, son répertoire ne compte pas (encore) de ballades sirupeuses. La chanteuse parle d’amour, de déception et de solitude avec une pointe d’ironie et de cynisme qui lui permet de se distinguer. En entrevue, elle se révèle vive d’esprit, drôle et futée, des qualités qui rendent sa pop minimaliste d’inspiration sixties d’autant plus attachante. «La musique apporte le côté givré. C’est dans l’enrobage que c’est cute», dit celle qu’on compare aux France Gall, Françoise Hardy et autres Zooey Deschanel (She & Him).
Souvenirs flous
Julie Brunet n’en est pas à sa première visite au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. En 2006, elle avait fait le trajet Montréal-Rouyn-Noranda avec Le Husky. De son propre aveu, la jeune femme garde un souvenir très flou de ce passage dans la capitale nationale du cuivre. «On était restés pendant toute la durée du festival, se rappelle-t-elle. C’était un gros party et la bière était commanditée.»