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Robert Glasper: du jazz, pas du golf

«Il existe des clubs de golf très exclusifs, qui sont comme des sociétés secrètes, lance d’emblée Robert Glasper. Parfois, le jazz peut donner cette impression aussi, comme si c’était une musique destinée à un petit groupe fermé sur lui-même.»

Glasper, ingénieux pianiste et producteur domicilié à New York, n’aime ni les clubs de golf ni les clubs exclusifs. C’est pourquoi il s’emploie à mêler, en un tout délicieusement homogène, jazz, hip-hop et R’nB. Pour ce faire, il sait bien s’entourer. Sur son nouvel album, Black Radio (Blue Note/EMI), l’homme reçoit un peu d’aide de ses amis, et pas n’importe lesquels : Lupe Fiasco, Erykah Badu, Bilal, Meshell Ndegeocello… Le résultat ressemble à un trip planant, à un mariage de styles délectable, genre Thelonius Monk rencontre les Roots qui rencontrent à leur tour Gil Scott-Heron. «Je ne voulais pas que ça sonne comme un album de compilations, explique le musicien super sympa. J’ai donc essayé de garder la même instrumentation sur l’ensemble des pièces. Black Radio, c’est vraiment un voyage.»

Dans le livret compris dans le disque, la journaliste Angelika Beener signe un texte sur la Black Radio, la musique noire. Une musique toujours enviée, sans cesse copiée, jamais égalée. «La musique noire est à l’origine de tant de styles, observe Glasper. Le blues, le R’nB, le hip-hop… Malheureusement, encore aujourd’hui, lorsqu’un kid blanc s’essaye à un de ces genres, on l’acclame davantage que s’il était réellement black.»

Bien loin des gimmicks, Black Radio est un disque viscéralement cool. Ça lui vient naturellement? Robert Glasper éclate d’un grand rire. «Ouais ouais, c’est naturel, mais c’est aussi parce que je choisis des artistes et des musiciens qui pensent comme moi. Lorsqu’on est ensemble, c’est le déclic!» C’est d’ailleurs la première fois que le musicien a rassemblé pour tout un disque son groupe Experiment, composé de lui-même (piano et Rhodes), de Casey Benjamin (vocodeur et saxophone), de Derrick Hodge (basse) et de Chris Dave (batterie). «C’était le bon moment pour le faire», explique-t-il.

Initié à la musique par sa mère, la chanteuse de blues et de jazz Kim Yvette Glasper, disparue il y a quelques années dans des circonstances tragiques, Robert ne s’est assis au piano et au clavier qu’à 11 ans. Quelques années plus tard, il avait un rêve : «Être le meilleur pianiste du monde!» se souvient-il en rigolant. Ado, il a déménagé à New York et découvert le hip-hop. «C’était comme recevoir une claque en plein visage!» s’exclame-t-il. Aujourd’hui, Glasper a 33 ans, et la claque, c’est lui qui nous la donne.


Robert Glasper Experiment

Au Gesù, vendredi à 20 h
Album en magasin le 28 février

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