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Gordon Sheppard: apprivoiser la mort

Gordon Sheppard était un touche-à-tout. On lui doit un documentaire sur Hugh Hefner, le film de fiction Eliza’s Horoscope, qui mettait en vedette Tommy Lee Jones, plusieurs expositions de photographies et un livre sur le suicide d’Hubert Aquin. Avant de fonder une famille, il a vécu une liaison enflammée avec Geneviève Bujold, quittant Toronto où il avait grandi pour aller habiter à Montréal. Le 16 février 2006, il a rendu l’âme, emporté par un cancer de la prostate.

Francine Pelletier a documenté la dernière année de son existence, et les images qu’elle a recueillies sont devenues le testament Gordon Sheppard ou l’art de bien mourir. «J’ai été séduite par le personnage et par les circonstances», confie la réalisatrice.

Elle a d’abord rencontré l’artiste en raison de l’intérêt qu’il portait au célèbre écrivain québécois Hubert Aquin, puis elle a suivi le conseil de son bon ami Carlos Ferrand et lui a consacré un documentaire. «Je l’ai suivi jusqu’aux portes du trépas.»

Parler de la mort n’est jamais évident; la montrer l’est encore moins. C’est pourtant ce que se permet Francine Pelletier, qui avait les coudées franches pour ce projet. «Je trouve ça important de démystifier la mort, explique-t-elle. La première personne que j’ai vue mourir est ma propre mère. Je croyais que ça serait la chose la plus intolérable du monde, mais, en fait, cette expérience a été un cadeau pour moi. Elle ne s’est pas recroquevillée. Elle nous laissait venir, elle nous laissait la regarder, et j’ai vu ce dernier souffle qui est un moment assez impressionnant. Je pense que ça aide tous ceux qui en sont témoins à avoir moins peur.»

«C’est sûr que c’est saisissant, que ce n’est pas toujours beau, continue-t-elle. Mais c’est ça aussi, la mort. Ça fait partie des choses qu’il faut faire. Même si on est une gang de baby-boomers vieillissants, ce qui fait que le sujet de la mort est de plus en plus actuel, je suis quand même convaincue que c’est encore un tabou. C’est pour ça que je suis allée jusque-là. Selon moi, mieux vaut voir et savoir que le contraire.»

Elle a filmé en donnant de la dignité à cet homme qui se dresse devant la Grande Faucheuse sans jamais sourciller. «C’est difficile de mourir, admet celle qui a consacré des portraits à Jacques Parizeau et à Micheline Charest. C’est même difficile de penser qu’on va mourir. On a tous peur. Mais Gordon, lui,  n’avait pas l’air d’avoir peur. Je lui en serai reconnaissante jusqu’à la fin de mes jours. Je trouve que c’est une grande leçon de vie.»

Un dernier souhait

La plus grande tragédie de Gordon Sheppard est de ne pas avoir été célèbre. C’est pourquoi il a essayé de créer quelque chose avec sa mort, d’offrir un ultime héritage pour ne pas être oublié, pour survivre à l’inéluctable. Et peut-être qu’en participant à cet essai documentaire, en effet, il y est parvenu.

«Chaque chose qu’il faisait, c’était, pour lui, une trace qu’il laissait derrière, admet la cinéaste Francine Pelletier. Il laissait sa marque sur le monde. Malheureusement, je ne suis pas sûre que les gens vont en être conscients… Il pensait qu’il y avait un amalgame, que tout ça s’additionnerait et que ça ferait une œuvre. Ça, le temps le dira.»

Gordon Sheppard ou l’art de bien mourir

Au cinéma Excentris
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