Muse n’a peur de rien
Connu pour son son grandiose – et pour avoir vendu quelque 15 millions d’albums dans le monde – Muse est de passage au Centre Bell deux soirs pour y présenter les pièces de son plus récent opus, The 2nd Law. Métro a parlé au leader du trio britannique, Matt Bellamy.
Comment décririez-vous votre plus récent album, The 2nd Law?
C’est un disque qui dégage une sensation de lutte permanente. The 2nd Law, c’est une règle, un principe qui veut que tout ce qui est beau dans ce monde finit un jour par mourir. Et que la vie n’est qu’un combat de tous les instants pour repousser ce qui est inévitable. C’est un principe applicable à la politique, à l’économie, aux relations personnelles. Et je crois que ça résume bien ce que nous voulions faire sur ce disque.
Muse existe depuis 18 ans maintenant. Diriez-vous que vous êtes devenu un groupe adulte?
Je dirais qu’on vient juste de sortir des années adolescentes déprimantes! (Rires). Et nous entrons dans notre période mature, j’espère. Ce que j’aime le plus dans ce groupe, c’est que nous sommes tous les trois très ouverts musicalement. Les groupes de rock ont tendance à établir des règles et à s’enfermer dedans. Ils disent : «Nous ne pouvons pas faire de la pop, nous ne pouvons pas faire de la dance.» Or, Muse n’hésite jamais à briser ces règles.
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Ne risquez-vous pas de décevoir une partie de vos fans en changeant de son aussi régulièrement?
Ce serait tellement ennuyeux de ne pas changer. Dans le groupe, tout le monde aime rechercher la nouveauté et tenter des choses. Nous n’avons peur de rien et nous ne rejetons aucune idée a priori. C’est une forme de neutralité qui nous permet de tout essayer, et de voir ensuite ce que ça donne. Notre musique est à notre image. Chris [Wolstenholme, le bassiste] a six enfants, ça ne lui fait pas peur. Dominic [Howard, le batteur] bouge sans cesse et j’ai tendance à être comme lui. J’aime voyager, faire de nouvelles expériences. Je viens d’avoir un fils et il adore déjà se balader dans les coins les plus dangereux de la maison!
Devenir père a-t-il changé votre relation à la musique?
Dans la façon de faire de la musique, d’écrire, de me produire sur scène, pas vraiment. Mais dans ma façon de me comporter en tournée, je suppose que oui. Quand on a 20 ans, on cherche à faire la fête, la stabilité n’est pas une priorité. Une chose est sûre : je suis plus concentré sur les choses importantes. Et la musique en fait partie.
Et dans la façon d’écrire?
Disons que je suis inspiré par des choses différentes. Follow Me, par exemple, est influencée par la paternité. D’autres titres évoquent les relations personnelles de façon plus mature, même si je n’ai pas réponse à tout, loin de là. Et les morceaux plus politiques sont moins noir et blanc qu’avant. Je me suis aperçu que la vie était plus complexe que je ne l’imaginais au départ.
Lorsque vous avez fondé le groupe avec Dominic et Chris, imaginiez-vous que vos vies seraient liées les unes aux autres à ce point?
Nous avons toujours su que nous resterions amis. Nous avions des rêves, du genre «Nous allons être le plus grand groupe du monde». Nous voulions tout ce qui est en train de nous arriver aujourd’hui. Bien sûr, nous avons eu des hauts et des bas, dans nos vies privées notamment. Mais nous avons toujours été là les uns pour les autres dans les moments difficiles. En tournée, on passe d’ailleurs beaucoup de temps ensemble. On partage le même avion, le même bus, le même hôtel, le même bar. Comme les membres d’une même famille.
Ces moments magiques
Matt Bellamy nous révèle les deux plus beaux souvenirs de Muse.
- Jouer à Glastonbury en 2004. «Nous avions atteint un certain niveau, nous étions heureux, et nous avions un bon bassin de fans. Nous avions atteint un point où nous n’étions pas sûrs d’en vouloir plus. Mais à Glastonbury, on était dans une autre ligue, c’était massif, les réactions étaient excellentes. C’est ce qui nous a emmenés ailleurs musicalement, aussi. Ç’a changé la façon dont nous approchons l’écriture de chansons. Je pense que quelque chose s’est passé à ce moment-là, en rapport avec notre désir de connecter avec les gens, et nous sommes devenus plus forts. Quand nous étions plus jeunes, la musique était davantage une expérience cathartique et tout a changé à ce moment-là. Nous voulions connecter avec les gens, ce n’était plus une question de montrer qui nous étions.»
- Gagner un Grammy en 2011. «Nous avons gagné un prix Grammy aux États-Unis, et nous ne nous y attendions pas du tout. C’était très surprenant, parce que nous avions toujours vu les États-Unis comme un endroit difficile à percer pour un groupe britannique. Peu ont réussi ces dernières décennies. Normalement, je ne ferais pas tant de cas du fait d’avoir gagné un prix, mais les Grammy sont prestigieux, historiques. Et c’était une telle surprise que ce prix s’est vraiment démarqué. Ça nous a donné une bouffée de confiance qui nous a aidés à finir par enregistrer ce nouvel album.»
Muse
Au Centre Bell
Ce mardi et mercredi à 19 h