Martin Chagnon: dans la roue du sculpteur
Martin Chagnon est un artiste sculpteur installateur. Sa dernière œuvre est constituée d’une roue de hamster géante où les humains peuvent s’en donner à cœur joie.
D’où t’est venue l’idée de cette roue de hamster géante?
Mes sculptures prennent toujours la forme de machines cinétiques, c’est-à-dire en mouvement, et interactives. Pour celle-là, je me suis inspiré de traités de mécanique des XVIe et XVIIe siècles. À l’époque, on utilisait des animaux, et parfois des humains, pour faire fonctionner des machines. J’appelle ça des machinations pour arriver à ses fins. Moi, mes fins, c’est que le spectateur participe.
Quel est l’intérêt pour le spectateur?
Lorsqu’il se met à marcher dans la roue, il expérimente toutes sortes de choses, comme l’illusion d’optique créée par le défilement des barreaux, et il produit une représentation de lui-même grâce au projecteur installé devant la maquette.
Comment t’y es-tu pris pour construire cette machine?
J’ai d’abord fait une maquette à l’échelle, puis j’ai eu de l’aide d’un conseiller technique dans le cadre d’une résidence d’artiste à Saint-Jean-Port-Joli.
Il t’a donné des trucs?
Oui, comme celui de découper des huitièmes de cercle dans une planche de bois au lieu de prendre une grosse grosse planche. Ça m’a permis d’économiser beaucoup d’argent. J’ai aussi appris à débiter moi-même le bois que j’achetais brut des fermiers de Saint-Jean-Port-Joli. C’est un savoir-faire qui se perd, parce qu’on achète habituellement des matériaux très transformés. Se réapproprier le travail manuel fait aussi partie de ma démarche.
Ça t’a pris du temps, faire ça?
De 300 à 400 heures. Ça prend six heures à démonter, et une journée et demie à monter. À deux.
Et c’est solide?
Oui. Dans un vernissage, une centaine de personnes l’ont testée de toutes les façons possible. Certains se sont même accrochés après les barreaux pour tenter de faire un tour complet. Je suis quand même stressé dans les expositions parce que, même si c’est solide, les gens peuvent toujours se blesser.
Ce que tu as fait ressemble beaucoup à de l’ingénierie. Ça ne te tenterait pas d’inventer une machine qui révolutionnerait le monde et qui te rendrait riche?
C’est vrai que ça ressemble à de l’ingénierie, mais pour moi, l’artiste et l’ingénieur peuvent autant l’un que l’autre révolutionner le monde. L’ingénieur en créant des infrastructures, par exemple, et l’artiste, en remettant des choses en question. Mais c’est sûr que je ne serai pas riche avec ça!