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Irrésistible Vénus au vison

Photo: François Brunelle

La Vénus au vison étonne à bien des égards. Texte, mise en scène, rythme, jeu d’acteurs… Des surprises pareilles, on en prendrait tous les jours.

Nuit d’orage. Au téléphone avec son épouse, Thomas (Patrice Robitaille) s’exaspère. Il vient d’auditionner 35 comédiennes, dont «une avec des dents de métal». Aucune n’est apte à jouer dans La Vénus au vison, son adaptation du roman de Leopold Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. «Où est passée la féminité?!» se désole-t-il devant le triste défilé d’actrices, toutes plus immatures les unes que les autres, qui sont passées devant lui avant le lever du rideau pour tenter d’obtenir le rôle si dur à jouer de Vanda. En 1870, année durant laquelle se déroule «sa» pièce, lance-t-il, des filles de cet âge auraient été matures. En 1870, elles auraient déjà eu «la tuberculose et 21 enfants».

Entre alors une jeune femme, stressée, désordonnée (Hélène Bourgeois Leclerc). «Fuck! Fuck! Fuck!» Elle est là pour l’audition. Thomas lui annonce qu’elle vient de lui filer sous le nez. Vanda, qui s’appelle comme le personnage, r’garde donc ça, insiste. Elle n’est pas très classe. Vulgaire, même. Du moins en apparence. Certes, sous son manteau, elle cache une combinaison de cuir et un collier de chien, qu’elle ne tarde pas à exhiber fièrement. Mais de son sac, elle sort aussi une robe à volants. Comme celle du personnage féminin de la pièce! Et puis, ah! Voilà! Une redingote. Comme celle du personnage masculin! «Hein?»

Malgré lui, l’auteur commence à auditionner l’actrice. Elle se métamorphose. Parle soudain très, très bien. Incite le dramaturge à enchaîner les répliques qu’il a écrites. Il y est question de domination, de pouvoir, de sexe. «Ben là-à-à!! Faites-le pour vrai-ai-ai!» geindra Vanda de son accent retrouvé chaque fois que l’homme déviera de son texte. «Tu sors d’où, toi? Tu es qui?» demandera-t-il souvent. Des questions auxquelles le spectateur lui-même cherchera des réponses longtemps après avoir vu cette œuvre pleine d’humour et de tension, qui aborde les notions de désir refoulé, de vengeance, de manipulation.

Cela dit, une autre personne qui posera des questions, c’est la douce moitié de Thomas. Au téléphone, énervée qu’il ne rentre pas, elle voudra savoir : Tu rentres quand? T’es où? «Douce moitié», ça fait bien rire Vanda, comme expression. Et nous aussi on rit. Beaucoup au départ. Puis de moins en moins à mesure que le mystère s’épaissit, que le doute s’installe, qu’une certaine cruauté fait surface. À la fin, plus floue et plus cryptique, de ce duel de séduction et d’intelligence, on ne rit plus du tout.

Portée par le duo explosif que forment Hélène Bourgeois Leclerc et Patrice Robitaille, La Vénus au vison, œuvre captivante du dramaturge américain David Ives, mise en scène avec doigté par Michel Poirier, est à l’affiche chez Duceppe depuis la mi-septembre. Elle le restera jusqu’au 19 octobre. Courez-y. Car pour paraphraser Vanda : «Vaut mieux tard que whatever».

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