Télé, web et choc des générations
Je ne voulais pas revenir sur le sujet, vraiment pas même, sauf que ça ne dérougit pas.
Les médias traditionnels, via Tout le monde en parle dimanche dernier, viennent d’être exposés à la marge qu’est la diffusion sur le web et l’onde de choc est assourdissante. Je parlais, dans mon billet de la semaine dernière, d’une chasse aux sorcières, mais c’est tellement plus que ça.
Le web et ses artisans, c’est le rock’n’roll de notre génération. Sauf qu’au lieu de se brasser les hanches, à-la-Elvis, le web tape sur tous les tabous à sa portée, à répétition, jusqu’à ce que quelque chose se produise. Et on ne cherche pas de réaction spécifique. On brasse la machine distributrice plus pour le plaisir de ne pas payer que pour la possibilité de déloger une friandise.
Si Netflix a pris d’assaut la télé câblée traditionnelle, les vedettes de YouTube, elles, sont aux portes des grandes tours de nos stations de télé avec des porte-voix de plus en plus bruyants.
Oui, on dénonçait le discours et la méthode de Gab Roy, dimanche, mais le malaise camouflait à peine un mal beaucoup plus grand. Guy A. Lepage, sur quelques tribunes après la diffusion de l’émission, soulignait qu’on pouvait difficilement ignorer de nos jours les jeunes qui n’écoutent plus vraiment la télé. Ils ont le web, un iPhone et le monde à portée de mains.
La télévision, pour les ados, c’est un cadre dans le salon avec des images bruyantes. Un meuble qui prend de la place pour rien.
Le divertissement et la culture, ça se passe sur le web. Blogue, YouTube, réseaux sociaux, applications de rencontres instantanées, j’en passe et des meilleurs. Si MTV représentait la jeunesse des années 1980, YouTube s’assure de l’avenir de celle d’aujourd’hui.
Et la panique se fait sentir dans les médias traditionnels. Les journalistes et les grandes émissions arrivent sur Twitter, causant ainsi l’exil des jeunes dudit Twitter.
À ce sujet, une expérience révélatrice est venue brasser la cage lundi soir.
Matthieu Bonin, un autre de ces «web dérangeurs», a rallié ses admirateurs Facebook à un abordage temporaire de Twitter. Son exercice, plutôt inoffensif, a relevé un point fort intéressant.
En créant un trend (#RIPTwitter) à lui seul, sans machine corporative derrière lui, Bonin a démontré simplement que le web appartient aux jeunes qui, eux, ne s’enfargent pas dans les politesses et l’autorité parentale.
Gab Roy et les agitateurs du web disent à l’occasion des âneries, c’est un fait. Mais n’oublions pas qu’à une certaine époque, Elvis était l’Antéchrist d’une Amérique frileuse et Kurt Cobain l’écrou dans l’engrenage de la génération vidéoclips. Aujourd’hui, ils sont immortalisés dans le dictionnaire et on imprime à la chaîne des t-shirts à leur effigie pour tous les centres d’achats de la planète.
Les temps changent et la rébellion adolescente se renouvelle.
Dimanche dernier, c’était le choc des générations que plusieurs attendaient depuis longtemps. Visiblement, tout le monde n’était pas prêt à le vivre par contre.
Dans le fond, Guy A. avait raison: il a créé une discussion. Peut-être pas celle qu’il souhaitait, mais définitivement une discussion.
Est-ce que la télé, telle qu’on la connaît, fait présentement face à sa mort annoncée par le web et ses artisans?
P.S. Promis, je n’en parle plus. Vendredi, séries américaines avant de tomber dans le temps des Fêtes.