Culture

Expérience capillaire

Expérience capillaire
Photo by: Yves Provencher/Métro

L’autre jour, je vais au salon de coiffure. Comme souvent, je gère mon horaire en vidange, et évidemment, je suis très pressé. J’ai un meeting important. Je rentre dans le salon de coiffure. La coiffeuse avec qui j’ai un rendez-vous vient me chercher.

Elle est très zen. Elle est tellement souriante. En fait, ce n’est pas un sourire. C’est un petit volcan de bonheur. Elle me chuchote un : «Salut! C’est moi qui vais te couper les cheveux, tu peux me suivre.»

C’est drôle parce que la fille a l’attitude d’un prof de yoga. Mais y a 3 % de son corps qui est pas tatoué. Je dis pas que «zen» est pas compatible avec «tatouée», mais ça me surprend quand même.

Elle me susurre avec un sourire zen-rockeuse un : «Est-ce que je peux t’offrir thé, café, tisane, verre d’eau?»

Elle me parle avec tellement de douceur. J’ai l’impression que sa voix peut guérir le cancer. J’ai l’impression que c’est pas une boisson qu’elle me propose. C’est un aller simple vers un monde meilleur. Le café me tente vraiment, mais on dirait que j’ai peur qu’elle parte en Amérique du Sud pour aller cueillir elle-même les meilleurs grains. Les grains élus.

Étant stressé d’être en retard, je lui dis : «Ha non merci, c’est gentil. Heuuu, en passant, j’ai un peu mal géré mes choses. Faut que je te dise que «chus» pressé. Tu penses-tu qu’on est capables de faire ça en 25-30 minutes?»

Elle me met une main sur l’épaule. Et à cet instant-là, ce n’est plus elle qui me répond. L’espace d’un moment, c’est le dalaï-lama qui me parle à travers elle. Et qui me dit : «Y a aucun problème, on va faire ça rapidement.»

Persuadé que ça va rentrer dans les temps, je m’assois pour me faire couper les cheveux. A me dit avec douceur : «Viens, avant, on va aller te laver les cheveux.» Je réplique : «C’est pas nécessaire, je les ai lavés ce matin.»

Elle me regarde, et tel un Jedi, elle me répète exactement la même phrase avec la même intonation, comme si j’avais jamais parlé. «Viens, avant, on va aller te laver les cheveux.» Je me sens faible. Je la suis. Je m’assois sur la chaise et j’envoie ma tête dans le lavabo casse-nuque.

Elle commence à mouiller mes cheveux. Sa bouche produit un chuchotement : «La température de l’eau, ça va?»
«Oui. Ça va.»

Elle commence a me mousser les cheveux, avec une lenteur désarmante. En fait, elle me lave même pas les cheveux. Elle me fait un massage du cuir chevelu. Les pouces sur les tempes pis toute. Elle a les yeux fermés. Elle respire profondément.

Je me sens violé.

Je sais que c’est censé être le fun, un massage de cuir chevelu. Mais moi, j’ai le 25 minutes en tête, je profite zéro du moment. J’ai un regard bovin.

Je commence à m’impatienter. J’me dis dans ma tête : «Kess tu comprends pas dans l’expression “CHUS PRESSÉ?” Le mot “CHUS” ou le mot “PRESSÉ”?»

Regarde, j’apprécie l’intention, mais mon cuir chevelu, je le détendrai plus tard. Je l’amènerai à la campagne, mon cuir chevelu. Regarde j’y en dois une, à mon cuir chevelu. OK? Deal? Je te promets que, dans la vie, à court terme, je gâte mon cuir chevelu. OK, cet été, j’ai le mois d’août de vacances. Je m’engage à amener mon cuir chevelu à Walt Disney. On fait tous les manèges. On se paye un time, mon cuir chevelu pis moi.

Mais là, pourrais-tu donner du ciseau s’il te plaît???

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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