Culture

Nouvelle adresse, avec adresse

Photo: Radio-Canada

Comment continuer à vivre lorsqu’on sait que tout sera bientôt terminé? La série Nouvelle adresse étudie, avec finesse, cette délicate question.

Nathalie Lapointe, une chroniqueuse renommée, en rémission d’un cancer du rein, décide un jour de cesser de s’inquiéter constamment pour tout le monde, de prendre davantage soin d’elle. OK, elle va laisser une chance à cet homme qui lui fait de l’œil. OK, elle va écouter sa sœur qui se moque de son «manque d’identité» et qui, pour le prouver, lui rappelle que «la photo qu’elle a choisie pour la représenter sur Internet», c’est un portrait d’elle entourée de ses trois enfants. OK, elle va changer ladite photo pour une autre où on la voit seule. OK, elle va aller magasiner de la lingerie.

Mais la vie a de ces drôles de façons de nous faire un pied de nez aux moments les plus mal choisis. Le cancer revient. Sur l’examen radiologique que lui montre son oncologue, Nathalie voit son corps décoré lugubrement de métastases, «comme un sapin de Noël».

Scénarisée par Richard Blaimert, qui nous a donné Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Nouvelle adresse est de ces séries où tout fonctionne. L’écriture est fine. La réalisation, subtile. Le jeu d’acteurs, naturel.

Macha Grenon incarne avec sensibilité cette femme qui se sait condamnée. Autour d’elle, les personnages truculents gravitent. Il y a sa plus jeune fille, qui ne fitte nulle part. Sa plus grande, qui a un sens de la répartie sublime. Et puis sa super amie super excessive, incarnée par Macha Limonchik qui, dans une scène délectable, descend des vodkas-Clamato en talons hauts et en lunettes fumées, tenue tout appropriée pour jeter avec rage les complets de son tricheur d’époux dans de gros sacs-poubelles.

«La vie a horreur des lignes droites. La vie a horreur du vide. Donc, la vie, elle continue.» – Sophie Lorain, qui a réalisé les épisodes 1 à 6 et 10 à 12 (Rafaël Ouellet s’est occupé des 3 autres)

Pendant les moments comme ça de Nouvelle adresse, on rit. Même si ça parle de maladie, même si on sait que ça va mal finir. Et comme il n’y a pas de solution magique, les instants plus tristes frappent aussi. Il y a cette séquence si vraie où l’héroïne sort du bureau de son médecin, complètement sonnée. «Je croyais sincèrement que c’était derrière moi. J’y croyais tellement.» Dans la lumière aveuglante, une voix off rejoue leur discussion. Elle lui demande: «Combien de temps?» Il lui répond: «Des mois, un an, peut-être un peu plus». Une fois dehors, le visage décomposé, elle sort son téléphone et tente de joindre son frère, sa sœur, quelqu’un. Plus tard, elle tape sur l’ordi, dans son moteur de recherche: «Récidive du cancer du rein: survie». Mais il n’y a pas de guide de survie, pas de mode d’emploi. Et c’est le mode d’emploi qu’elle se créera elle-même que la série suivra, illustrant son parcours ainsi que celui de toutes ces personnes qu’elle aime si fort et qui seront transformées par sa maladie.

D’après les épisodes qu’on a pu visionner hier, vous pourrez l’être vous aussi, transformé.

À Radio-Canada
Tous les lundis à 21h dès le 8 septembre

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