Ani DiFranco: «On doit repenser le féminisme»
La prolifique Ani DiFranco fait figure d’icône féministe. Avec plus de 20 albums, elle est connue pour ses chansons engagées portant sur le sexisme, les injustices et d’autres problématiques sociales. C’est une artiste à la chevelure rebelle, vêtue d’un pull de laine, qui dégage force intérieure et calme, que Métro a rencontrée à Londres. Elle a accepté d’aborder la question de la guerre des femmes en milieu de travail.
Pourquoi pensez-vous que les femmes sont mesquines entre elles?
Je pense que cela a à voir avec le patriarcat, cette structure sociale en arrière-plan qui amène les femmes à entrer en concurrence avec les hommes. Pour cette raison et bien d’autres, je crois que le patriarcat doit être remis en question.
De quelle façon cela peut-il se faire?
On doit repenser le féminisme. Nous en avons une conception dépassée : une croisade pour l’égalité des revenus, la sécurité dans les rues, les droits fondamentaux, etc. Je pense que nous devons comprendre le féminisme comme un prérequis pour soigner d’autres maladies sociales. Le patriarcat est un sujet omniprésent que personne n’aborde sur le plan politi-que. Tant que nous ne le ferons pas, nous ne pourrons toucher à la véritable nature humaine.
Comment doit-on aborder le patriarcat?
Avec humour! Nous devons être tolérants et aimables les uns envers les autres et réaliser que nous avons affaire à quelque chose qui nous dépasse. Nous pouvons tous en être la proie. Sachant cela, nous devons lutter ensemble comme des alliés, hommes et femmes, afin d’équilibrer la société et nous faciliter la vie l’un l’autre.
Trouvez-vous plus facile de travailler avec des femmes?
Pas nécessairement. Les hommes peuvent être beaucoup plus francs et spontanés. Les femmes sont plus compliquées émotionnellement, donc plus inquiétantes et difficiles. Mais j’ai tissé des liens serrés avec les femmes avec qui j’ai fait des tournées.
Quel devrait être le cheval de bataille pour les femmes, dans leur carrière?
L’accomplissement. Être capables d’être elles-mêmes, librement, et de mettre à profit leurs talents au travail. Se réaliser soi-même : ça, c’est une personne qui réussit, pas celle qui fait le plus d’argent.