Soirée pépère aux Juno
Dimanche soir, à Ottawa, la 41e cérémonie des Juno a remis ses traditionnels prix de la musique lors d’une soirée pétrie de contradictions. Deux soli… quoi? C’est avec une performance de Nickelback, lance-flammes pétaradant inclus, qu’a débuté la grande fête de la musique canadienne. Puis, le maître de cérémonie, William Shatner, alias Captain Kirk, a souhaité la bienvenue à tous, sans omettre de rappeler qu’il était lui-même un artiste ayant déjà enregistré des disques («I’m recording artist Will Shatner!» s’est-il écrié).
Pris d’une frénésie soudaine et sitôt disparue, l’animateur a promis que cette soirée en serait une «com-plè-te-ment folle!» «Ce soir, je veux rocker, ce soir, je veux sentir le beat de la batterie résonner dans mon corps, ce soir, je veux être une rockstar!!!» a martelé Shatner. Ses désirs étant des ordres, sur ces mots, trois demoiselles vêtues de jeggings lui ont amené une Les Paul rutilante. Will a pris la guitare, l’a tenue de ses deux mains, puis d’une seule, ne faisant même pas semblant d’en jouer tandis qu’un med-ley faisait résonner du Bryan Adams.
Ce numéro a été bien représentatif de la soirée. Une soirée linéaire et dénuée de ces moments explosifs, de ces miniscandales ou de ces performances à grand déploiement que nous réservent parfois, Dieu merci, les galas. Même les vedettes étaient aux abonnés absents, à commencer par Justin Bieber, récipiendaire du Prix du public. Dans une vidéo maison le montrant réellement dans la pièce d’une maison (concept), le jeune éphèbe à l’origine de la fièvre qui porte son nom («the Bieber Fever»), et qui, honnêtement, semble s’être dissipée ces derniers temps, a demandé pardon aux fans pour son absence. Il a également souligné que c’est à eux que revenait son prix. Semblant sous le choc, Feist a, quant à elle, récolté un troisième Juno pour l’année 2012 (outre les deux reçus lors du gala hors ondes), à savoir celui de l’Artiste de l’année. «Attendez une seconde, je dois reprendre mon souffle!» s’est-elle écriée après être montée sur scène tant bien que mal, ébranlée. Dan Mangan, qui a remporté le trophée de la Révélation de l’année (catégorie Artiste) alors qu’il compte déjà plusieurs albums à son actif, a tenu à rappeler que «toute chose, que ce soit faire de la musique ou n’importe quoi d’autre, demande du temps».
En ce qui concerne les performances, les gars de Simple Plan ont mis un peu de soleil dans la place avec Summer Paradise, interprétée en compagnie de K’naan. Feist, quant à elle, a livré un juste The Bad in Each Other.
Sur une note plus touchante, Johnny Reid a rendu un hommage, malheureusement expéditif, à Pierre Juneau. L’homme en honneur duquel les Juno sont nommés est en effet décédé en février dernier. «Merci beaucoup!» l’a salué Reid, en français.
Finalement, en guise de contradiction finale, puisque ce fut une soirée complètement décalée, les métalleux d’Anvil, accompagnés de la chanteuse R’n’B Jully Black, ont annoncé que le récipiendaire de l’Album de l’année était… Michael Bublé, pour Christmas. Un disque de reprises de Noël. Santa Claus Is Coming to Town? Santa Baby?! Silent Night?!? Est-ce vraiment ce qui s’est fait de meilleur sur la scène musicale canadienne cette année?!
Pas à une contradiction près, disions-nous.
Hors ondes
Les francophones ont fait belle figure… à la cérémonie hors ondes. La Montréalaise d’adoption Sonia Johnson a remporté le Juno du Meilleur album jazz vocal pour son très beau Le carré de nos amours. Marc-André Hamelin a raflé le prix de l’Album classique de l’année (solo ou orchestre de chambre) pour Liszt : Piano Sonata. Le violoniste montréalais Alexandre Da Costa et l’Orchestre symphonique de Montréal ont quant à eux reçu celui de l’Album classique del’année (grand ensemble ou soliste accompagné par un grand ensemble), pour Daugherty : Fire and Blood. Les gars de Malajube sont repartis avec le Juno du Meilleur album francophone pour l’excellent La caverne. Dommage qu’aucun de ces artistes ne se soit produit durant le gala…
Les gagnants
Album de l’année. Christmas, de Michael Bublé
- Prix du public. Justin Bieber
- Artiste de l’année. Feist
- Groupe de l’année. Arkells
- Révélation (artiste). Daniel Mangan
- Révélation (groupe). The Sheepdogs
- Album francophone. La caverne, de Malajube
- Album alternatif adulte. Metals, de Feist
- Album alternatif. Oh Fortune, de Dan Mangan
- Chanson de l’année. I Don’t Know, des Sheepdogs
- Album pop de l’année. Storms, de Hedley
- Auteur-compositeur-interprète. Dallas Green, alias City and Colour
- Album international de l’année. 21, Adele
- Album jazz vocal de l’année. Le carré de nos amours, Sonia Johnson