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R.J. Ellory, philanthrope

Photo: Yves Provencher / Métro

Dès demain, R.J. Ellory sera l’invité d’honneur de la première édition des Printemps meurtriers de Knowlton. De passage à Montréal, le prolifique et sympathique auteur britannique nous a parlé de ses livres, de sa vie et de sa passion pour le genre humain.

R.J. Ellory a un vrai style, une plume qui tue, et puis du vécu. Beaucoup de vécu. Enfant, il s’est retrouvé à l’orphelinat, puis il a passé du temps en tôle pour une histoire de vol de poulet. Il a travaillé auprès des toxicomanes, fait de la photo, joué de la musique et enfin il s’est mis à écrire. Des années passées à essuyer le rejet plus tard, il a entamé une carrière littéraire explosive. Le dernier de ses romans traduits en français, Les anges de New York, est paru aux éditions Sonatine plus tôt cette année. Pourtant, pour Ellory, c’est déjà de la vieille histoire. «Ça fait trois ans que je l’ai écrit!» rigole-t-il lorsqu’on le rencontre à l’hôtel Nelligan à Montréal, où il a fait un saut avant de partir assister à la première édition du Festival de littérature policière Les printemps meurtriers de Knowlton. Un événement qui se déroulera ce week-end au Lac-Brome, à une heure de Montréal.

Depuis qu’il a terminé Les anges… dans sa version originale anglaise, Ellory a eu le temps d’écrire trois (!) autres récits et il est présentement en train de travailler sur un quatrième. «Je me rappelle de l’atmosphère des Anges, de Frank [Parrish, le héros du roman], de sa fille, des choses qui lui arrivent, mais les détails ont disparu de ma mémoire, confie-t-il. J’écris très vite et c’est toujours un processus très intense, mais quand c’est fini, c’est fini. Je commence un autre bouquin et voilà.» Car les détails, pour l’acclamé écrivain, sont justement ça : des détails. Ce qui compte vraiment, c’est l’émotion. «J’espère que les gens qui lisent mes livres se souviennent à jamais des sentiments qu’ils ont suscités chez eux.»

Ses livres, Ellory ne les définit pas comme des romans noirs, ou des polars, mais bien comme des drames humains. Il n’a pas d’inspecteur Wallander, pas de Harry Bosch, pas de suite. Avec Ellory, c’est un livre, une histoire et les personnages qui viennent avec. Pour ce qui est des «crime novels», comme il les appelle, il n’en lit pas beaucoup. «Ce qui m’embête avec ce type de récit, c’est que le personnage principal, qu’il soit détective ou flic, finit toujours par résoudre l’affaire. Il a toujours tout bon. Mais la vie n’est pas comme ça! Les gens ne sont pas comme ça! Moi, j’ai toujours voulu écrire des livres réalistes.»

À mille lieues de l’auteur renfermé, le Britannique quarantenaire souligne qu’il écrit 3 000 mots par jour. Et ce, sans compter les nombreux courriels qu’il envoie à ses lecteurs. Eh oui, il passe trois heures par jour à répondre aux multiples mails qu’il reçoit. Au festival ce week-end, Ellory rencontrera d’ailleurs le public à l’occasion du cocktail (demain à 18 h), d’une causerie intime (samedi à 13 h) et d’une table ronde avec les autres invités d’honneur, Chrystine Brouillet et Martin Winckler (à 15 h 30).

Grand amateur de bouffe, de musique, de cinéma, bref, des bonnes choses, celui qui a «passé neuf ans de sa vie à se faire appeler Ellroy» avoue qu’il adore venir à Montréal. Et cette fois, ce n’est que la deuxième. «Au Québec et en France, les gens lisent beaucoup, bien, et attentivement», dit-il. L’excellente traduction de ses livres – dont trois ont été traduits par Fabrice Pointeau – doit jouer pour beaucoup, non? «En effet! s’exclame-t-il. J’ai toujours cru qu’un bon traducteur doit également être un bon auteur. »

S’il a déjà lancé neuf romans en anglais et quatre en français aux éditions Sonatine, Ellory rappelle que son loft est rempli de manuscrits non publiés. Vingt-deux, pour être plus précis. «Et la plupart sont écrits à la main, ajoute-t-il. L’encre pâlit avec le temps… Quand je vais mourir, ma femme va pouvoir les vendre sur e-Bay et s’acheter des souliers.» De beaux souliers? «Oh oui! Des Manolo Blahnik ou des Louboutin.»

Lui qui a toujours rêvé d’être journaliste («Je voulais être Robert Redford dans All the President’s Men!» lance-t-il) confie qu’il comble aujourd’hui ce manque en faisant des recherches à fond la caisse pour ses romans. Des romans qui contiennent toujours un fond de vérité. Le prochain qui paraîtra en français? Bad Signs. «Une histoire d’amour entre ados extrêmement violente qui se déroule en Californie, en Arizona et au Texas en 1965. Une histoire qui n’a rien à voir avec la police, le crime organisé ou la politique. D’ailleurs, la plupart des livres que j’écris ne parlent ni de mafia, ni de police. C’est pourquoi on a choisi de traduire Bad Signs, qui se rapproche davantage de Seul le silence [premier à être paru in en français] que de Vendetta [le second].»

Pour conclure, avant de filer se procurer une p’tite bouteille de bourbon à la SAQ («Mais n’allez pas écrire que je suis comme Frank Parrish!» nous prévient-il en riant), Ellory le philanthrope souligne que, ce qui est important dans la vie, dans sa vie, ce sont les autres. «J’adore parler aux étrangers, découvrir tout ce qu’ils ont vécu. C’est vraiment ça qui rend l’existence intéressante.» Et puis ses romans aussi.

Les printemps meurtriers de Knowlton
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