Faut que relève se fasse
Discussion intéressante lors de l’émission Esprit critique à ARTV jeudi soir alors qu’on demandait à Lucien Francoeur et Geneviève Borne ce qu’ils pensaient des vedettes rock plus âgées qui s’accrochent à leur gloire d’antan et continuent de faire des tournées musicales. Pensons à Black Sabbath, récemment à Montréal, ou encore les éternels Rolling Stones.
En gros, on s’entendait pour dire que c’est du cas par cas. Certains vieillissent gracieusement, d’autres non. Comme dans tous les domaines d’ailleurs.
J’ai envie de transposer la discussion vers le monde de la télévision, vers notre télévision pour être plus précis. Devrait-on proscrire les artisans qui s’accrochent à leur succès d’antan? Comment pourrait-on quantifier leur implication, gérer leur pertinence? Est-ce seulement possible dans notre petit milieu de dire à quelqu’un «Oui, mais non merci»?
Je crois qu’il est là le principal problème – notre incapacité à dire non.
Dire non à un comédien qui ressort un personnage des années 90. Dire non à un scénariste qui écrit de la télévision comme dans l’temps où on faisait l’épicerie chez Steinberg’s. Dire non à un producteur qui impose une vieille vedette dans une émission pour se garantir des cotes d’écoute.
Dire non, tout simplement, au lieu de se contenter d’un «pourquoi pas» ou d’un «comme d’habitude».
Dans le monde scénarisé de la lutte professionnelle, la tradition veut qu’un lutteur plus âgé utilise ses exploits accumulés lors de ses derniers combats afin de donner de la visibilité et de la crédibilité aux yeux des amateurs à un jeune lutteur en ascension. Dans le jargon, on dit qu’un lutteur sort sur le dos, s’inclinant lors de son dernier combat pour permettre au lutteur plus jeune de bénéficier des avantages d’une victoire marquante contre un lutteur reconnu des amateurs.
Notre télévision gagnerait à utiliser la méthode pour propulser la carrière d’artistes de la relève. Jean-Luc Mongrain qui partagerait un plateau avec un Louis T., par exemple, pour donner des coups de gueule sur l’actualité une dernière fois avant de quitter les projecteurs.
Toujours dans le jargon de la lutte, Mongrain «donnerait le rub» à Louis T. qui aurait ensuite le vent dans le dos pour ses prochains projets.
C’est par contre une situation délicate que d’écarter des personnes appréciées de nos écrans pour faire de la place à la relève. Il y a un danger de faire de l’âgisme, ce qu’on ne souhaite pas. Par contre, quand la proposition à l’écran est complètement décalée, sans nommer personne, il faudrait que quelqu’un prenne l’initiative de mettre un terme à la lente agonie et lancer le mouvement pour passer à autre chose.
Vous me direz, tant que les gens regardent on ne retire pas des ondes. Oui, peut-être, mais depuis quand le fait d’avoir un auditoire est un gage de pertinence? Il y a un public pour tout, même pour les meurtres en direct, la propagande haineuse et l’intolérance prémâchée.
La présence d’un auditoire ne pardonne pas tout.
Je lance donc le débat, comment pourrait-on réinventer notre télé pour éviter qu’elle ne s’embourbe perpétuellement dans ses vieilles (mauvaises) habitudes?