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Est-ce que c’était une microagression? Probablement.

Photo: iStock

Vous avez pris du poids pendant la pandémie, on vous en fait la remarque dans un souper de famille et vous ressentez un gros malaise? Vous avez été victime d’une microagression. Voici comment en reconnaître d’autres et comment les dénoncer. 

Définissons d’abord le terme. Une microagression est un geste ou un commentaire véhiculant des stéréotypes ou des préjugés blessants à l’endroit d’une personne appartenant à un groupe marginalisé.  

En gros, c’est que la microagression est subtile et les gens qui la commettent n’ont pas conscience de son caractère problématique. Parfois, c’est même «involontaire». 

C’est ce qui la différencie d’ailleurs des autres formes d’agressions haineuses dites plus «typiques», explique Gabriel James Galantino, coordonnateur de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). 

«Une agression, c’est volontaire. On est dans la violation des frontières de l’autre, comme crier ou cracher sur quelqu’un, précise-t-il. C’est beaucoup plus facile à voir.» 

Demander de toucher les cheveux d’une femme noire, mégenrer quelqu’un, ne pas fournir de rampes d’accès pour les personnes avec un handicap dans un restaurant: les différents types de microagressions sont nombreux au quotidien. 

Parce que, oui, une omission involontaire qui discrimine un groupe, c’est une microagression. 

Consultante en diversité et inclusion, Rachel Décoste a été victime de plusieurs commentaires déplacés liés à sa couleur de peau de la part de gens «surpris» par ses qualités et ses compétences. 

Un exemple? Se faire dire par un étranger qu’elle «parle bien le français»… pour une personne noire.   

«J’ai aussi eu “tu es belle pour une femme noire”, confie-t-elle. La personne qui a dit ça croyait que c’était un compliment. Le préjugé que je peux déceler ici, c’est que cette personne pense que les personnes noires sont laides et que je suis une exception.» 

Rachel Décoste, consultante en diversité et inclusion. PHOTO : Gracieuseté.

M. Galantino reçoit lui aussi des injures déguisées en compliments en tant qu’homme trans. 

«On me dit “tu es beau pour un homme trans”. Mais ça veut dire que, pour toi, un homme trans, ça doit paraître [pas beau], indique-t-il. Parfois les gens veulent savoir ce que j’ai dans mon pantalon [NDLR: une autre microagression].» 

Des conséquences graves 

Même si la microagression est définie comme une «petite agression», elle ne doit pas être banalisée pour autant, prévient Mme Décoste. 

«Ce terme a été créé pour ne pas offenser la majorité démographique. Le mot “micro” sous-entend que c’est banal, alors que ce n’est pas micro pour nous. On le reçoit vraiment comme une insulte.» 

À long terme, les microagressions peuvent laisser des conséquences dramatiques sur la santé mentale des personnes marginalisées. 

Des chercheurs.E.s’américain.E.s’ont même créé un nom spécifique pour décrire l’état de détresse qui en résulte: le stress minoritaire

«On se sent comme si on avait une cible [sur le dos], explique M. Galantino. On peut aussi parler ici de dépression, d’isolement et même d’hypervigilance.» 

Pas facile de dénoncer 

Votre ami.e est victime d’un commentaire déplacé au travail devant tout le monde? Avant d’intervenir directement, vaut mieux s’entretenir en tête à tête avec elle ou lui après l’événement, conseille M. Galantino. 

«On peut lui dire: “Moi, ça m’a dérangé [ce commentaire], est-ce que tu veux que j’intervienne ou que je ne dise rien la prochaine fois?” Il faut voir si ça empire la situation.» 

Gabriel James Galantino, coordonnateur à la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres, à l’UQÀM. PHOTO: Gracieuseté.

Confronter une personne devant tout le monde peut se retourner contre nous rapidement. 

La personne confrontée peut contre-attaquer et empirer le malaise pour toutes les autres personnes marginalisées dans la pièce, par exemple en lançant une insulte ou en questionnant tous les gens présents sur leur inconfort. Voudriez-vous que la ou le réceptionniste vous demande si son commentaire raciste vous a affecté.e? Pas vraiment. 

«On peut se faire [accuser] d’être trop woke ou trop sensible», dit M. Galantino, ce qui ne fait aussi qu’envenimer davantage la situation. 

La prudence et le respect des limites des victimes priment. 

User de gros bon sens 

Mais làààà… TOUT est une microagression? Bien sûr que non, s’exclame M. Galantino. 

«Les gens qui disent qu’on ne peut pas rien dire, c’est souvent à cause d’un manque de connaissance de ce que les gens [marginalisés] vivent, précise-t-il. On peut avoir des opinions, mais quand ton opinion est discriminatoire, ce n’est plus une opinion.» 

Alors, avant de complimenter une personne, suffit d’utiliser son gros bon sens, conseille Mme Décoste. Souvent, il n’est pas nécessaire de faire un commentaire sur l’apparence, par exemple. 

«Prends deux secondes pour réfléchir et demande-toi si c’est un vrai compliment, conclut-elle. Est-ce que je peux dire quelque chose sans commencer par “tu es belle pour une X”?» 

D’après Mme Décoste, de plus en plus de gestes sont décriés alors que nos valeurs collectives évoluent. Et une chance! 

«Il va falloir qu’on se respecte et qu’on acquière une maturité collective, comme on l’a fait avec les femmes, illustre-t-elle. On sait que ce n’est plus correct de donner une petite tape sur la fesse d’une femme au travail comme on le faisait dans les années 1980.» 

Un peu de bienveillance, merci bonsoir! 

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