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À Belfast, le tourisme c'est la guerre

Le 10 avril 1998, l’accord du Vendredi saint mettait officiellement fin aux hostilités entre catholiques et protestants d’Irlande du Nord. Dix ans plus tard, la visite des sites où ont eu lieu les événements marquants de ce conflit est devenue la principale attraction touristique de Belfast.

Des centaines de touristes sillonnent chaque jour les rues de Belfast en écoutant d’anciens membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) leur raconter l’histoire de la guerre en Irlande du Nord. Jo Wilson fait partie de ces anciens combattants reconvertis en guides touristiques. Vétéran de l’IRA, «section renseignements», il est travailleur autonome.

Son tour guidé débute à Falls Road, bastion catholique de Belfast. La rue, couverte de drapeaux irlandais, s’étire sur trois kilomètres. Les fresques murales glorifient la cause républicaine et ses martyres, tel Bobby Sands, mort en prison en 1981 après 66 jours de grève de la faim. «Ces peintures nous permettaient de mobiliser le peuple et de contrer la censure britannique qui nous faisait passer pour des terroristes», explique Jo. L’armée les effaçait le jour, mais on les repeignait la nuit grâce aux gens du quartier qui donnaient l’alerte quand des soldats arrivaient.»

Sunday, Bloody Sunday
Falls Road abrite aussi un musée. Films et enregistrements sonores font revivre
le fameux Bloody Sunday (30 janvier 1972) au cours duquel 14 manifestants pacifiques ont été tués par des militaires britanniques.

À Ardoyne, îlot catholique en secteur protestant, on se souvient plutôt de l’automne 2001 et du calvaire des petites filles se rendant chaque matin à l’école escortées par la police sous les huées et les crachats des riverains. «Ils voulaient nous expulser de l’école pour agrandir la leur», affirme Jo. Qu’en pensent les loyalistes? «Ils ont sans doute une autre version de l’histoire…»

Jo assume sa partialité. Difficile en effet d’être neutre dans une ville où les deux communautés vivent toujours séparées par des «murs de la paix» taguées de «KAH» (Kill all huns – Tuons tous les protestants), ou de «KAT» (Kill all taigs – Tuons tous les catholiques).

Tourisme politique
Mieux vaut donc s’adresser à d’anciens miliciens loyalistes, également reconvertis dans le «tourisme politique», pour visiter Shankill Road, leur fief de Belfast. Ici, les trottoirs sont peints aux couleurs du drapeau britannique et les murs célèbrent la victoire du protestant Guillaume d’Orange sur le catholique Jacques II en 1690.

L’ordre d’Orange entend d’ailleurs transformer les traditionnelles marches de l’été, qui provoquent souvent des heurts avec les catholiques, en manifestations plus familiales. Le but : donner aux touristes une image plus positive des protestants. La guerre est finie à Belfast, mais la bataille de la mémoire a commencé.

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