Célébration du 375e anniversaire de la fondation de Montréal: Ahuntsic-Cartierville oublié
« Nous avons toujours l’impression qu’au-dessus de la métropolitaine, l’offre touristique existe plus ou moins », constate Vincent Garneau, coordonnateur du développement historique à l’organisme Cité historia qui anime le site historique du Sault-au-Récollet, à Ahuntsic-Cartierville.
« Il semble qu’au nord de la 40, le maire ne voit pas, renchérit Émilie Thuillier, conseillère d’Ahuntsic, élue de Projet Montréal. Pourtant, il vient de Montréal-Nord. »
Toutefois, il ne fait aucun doute qu’Ahuntsic-Cartierville écrit à sa manière l’histoire de la ville.
« Nous sommes le deuxième foyer de population sur l’île, il faut qu’on y prête attention », note M. Garneau.
« Nous faisons partie de la première histoire de Montréal. Nous sommes parmi les premiers noyaux villageois sur l’île. L’église de la Visitation et la plus ancienne église encore debout dans la ville », rappelle Mme Thuillier. On peut également ajouter le site des moulins, non loin de là, fort Lorette, dont quelques éléments témoignent de l’existence et de la maison Berri, disparue dans un incendie en 2013.
« Il ne manque pas de lieux à développer, remarque M. Garneau. Cela peut être aussi simple qu’un parcours d’interprétation. »
Cependant, le spécialiste en histoire sonne l’alarme sur l’état du site des moulins.
« Le site risque de disparaître en grande partie, prévient-il. Le deuxième étage du bâtiment maintenu est en train de s’affaisser, le béton s’effrite et les poutrelles métalliques s’émiettent. »
Le site a été restauré en 1998, mais on a manqué d’argent pour l’entretenir.
Investir sur le passé pour le futur
« L’investissement pour les legs doit être réfléchi à longue échéance, pense-t-il. Cela coûtera, à terme, moins cher. »
Il ne perd pas espoir de pouvoir soumettre encore des projets puisqu’on a consacré un chapitre au financement des activités du 375e pour les arrondissements.
« S’il y a une enveloppe destinée, on pourra déposer un projet, espère Mme Thuillier. Mais 15 M$ à répartir entre les 19 arrondissements, c’est nettement insuffisant. »
« Si on faisait la moyenne par arrondissement, la restauration du site du moulin engloutirait les trois quarts de la somme », annonce M. Garneau.
« Le projet qui nous tient à cœur, c’est le pavillon d’accueil », indique Robert Dolbec, attaché politique du maire Pierre Gagnier. Cette bâtisse entre dans le cadre de l’aménagement des berges de la rivière des Prairies et du parcours Gouin. Elle devrait remplacer la maison Berri dont on faisait le projet de restauration avant son incendie.
« Notre projet du parcours Gouin se poursuit, nonobstant de ce que fait la ville », affirme Mme Thuillier.
Elle comprend d’autant moins que l’arrondissement ait été négligé, alors que son passé et sa position l’inscrivent en droite ligne dans les conditions édictées pour définir les fameux legs du 375e.
« Histoire, patrimoine, eau et parcours riverains, nous répondons à tous les critères ciblés », souligne Mme Thuillier.
Autant dans les déclarations du maire de Montréal, Denis Coderre le 27 octobre, que dans le communiqué annonçant le lancement de l’organisation des festivités du 375e anniversaire de Montréal, one trouve d’indication quant au processus de sélection des 15 projets énumérés. Il s’agit de projets identifiés par les pouvoirs publics comme l’indique la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.
Mme Thuillier pointe du doigt « un processus décisionnel inapproprié et arbitraire. »
« Les projets choisis par le gouvernement et la Ville ont été décidés de manière différente, constate-t-elle. La Ville avait dans ses cartons des projets mais qui n’ont jamais été étiquetés 375e. Là-dessus M. Coderre est venu en ajouter d’autres selon des critères qu’on n’a jamais sus. »
Mme Thuillier souhaite que la part laissée aux arrondissements permette d’inscrire des projets d’envergure.
Vincent Garneau veut sauver le site des moulins. « Ce sont 300 ans d’histoire et selon les estimations de la direction des grands parcs de la Ville de Montréal, cinq cent mille à un million de visiteurs passaient par le site des moulins chaque été. »

