Y a-t-il encore un gouvernement?
Après des mois de désordre quotidien, dans les rues de Montréal, l’administration Tremblay se prépare à adopter un règlement qui baliserait davantage le droit de manifester. C’est un pas dans la bonne direction, mais je pense que les mesures annoncées ne vont pas assez loin.
Quand le règlement sera adopté, les manifestants seront obligés d’annoncer leur itinéraire à l’avance et ils ne pourront plus porter de masques, lors de leurs attroupements. Ces mesures permettront sans doute d’atténuer certaines conséquences néfastes de ces manifestations, mais je suis convaincu qu’elles seront insuffisantes.
À la lumière des événements qui sont survenus au cours des derniers mois, il devient évident que les lois actuelles permettent à une minorité de citoyens de priver l’ensemble de la population de leurs droits les plus élémentaires. Même quand les choses se passent paisiblement, les manifestants bloquent la circulation, empêchent des gens de se rendre à leur travail ou chez le médecin… En un mot, les manifestants s’arrogent le droit de perturber la paix et le bon ordre, aussi souvent qu’ils le veulent et sans que personne ne puisse s’y opposer.
Dans quelques semaines, ce sera le début des activités estivales, à Montréal: le Grand Prix, le Festival du Jazz, les feux d’artifice, le défilé de la Fête nationale, etc. Pour les perturbateurs de tout acabit, ce sera la foire!
On l’a bien vu, au cours des derniers mois: n’importe qui peut réunir quelques dizaines de gens pour marcher à contresens, dans les rues, sans que personne ne puisse les en empêcher. Avec Facebook et Twitter, rien de plus facile! Non seulement peuvent-ils le faire sans avoir à se justifier, mais on leur accordera aussi une escorte policière pour dégager la route!
Ça, c’est quand les choses se passent bien (sic). Si, par hasard, dans ce regroupement, il se glisse quelques malfaiteurs professionnels, on peut fort bien, au passage, renverser des poubelles, égratigner des voitures, insulter les politiciens… Si vous faites partie de ces regroupements, on vantera vos exploits à «Tout le monde en parle», les partis d’opposition défendront votre cause, à l’Assemblée nationale, des artistes grassement subventionnés vous soutiendront sur toutes les tribunes, des humoristes renommés se moqueront de vos adversaires.
Y a-t-il encore un gouvernement, au Québec? Les injonctions sont bafouées, les véhicules de police sont saccagés, les policiers eux-mêmes sont blessés, sans que personne n’intervienne pour mettre un terme à ces abus. Pire encore, on plaint, dans tous les grands médias, les pauvres victimes «innocentes» qui, au sein de la foule, ont été atteintes par les projectiles utilisés par les forces de l’ordre qui essaient de mettre fin aux méfaits. C’est à croire que les policiers visent expressément les manifestants inoffensifs!
Le droit de s’exprimer existe, mais il faudrait l’adapter à la réalité du XXIe siècle. À l’ère des médias sociaux, des pages de lecteurs, des pétitions en ligne, les adeptes de toutes les causes ne manquent sûrement pas de ressources efficaces pour faire connaître leurs vues. Et pourtant, on tolère encore des regroupements qui, jour après jour, tournent inévitablement au désordre et au saccage.
Après les étudiants (s’il y a une fin au conflit), qui prendra à son tour la rue pour exiger que le gouvernement se plie à ses exigences?