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C'est le temps d'une dinde

Air connu. Charles-André n’en revient tout simplement pas. Dans presqu’un mois, ce sera Noël. C.A. déteste la période des Fêtes. J’ai bien tenté de lui remonter le moral. Rien à faire, il est aussi «bucké» qu’un virus dans un ordinateur. Il a horreur de «Nowell», comme il dit. J’ai beau lui décrire de toutes les façons les beautés et l’importance de la tradition, les incontournables et combien palpitantes réunions de famille, la chaleur de la messe de minuit, les tits rois mages, la dinde et le punch aux fruits… «Yeurk!», me lance-t-il (je ne sais pas comment traduire, mais je pense que vous comprenez).

Charles-André ne supporte pas que la société nord-américaine-judo-chrétienne, le force, l’oblige pendant quinze jours à être plus gentil, plus aimable et plus généreux que nature. C’est un gars simple, mon chum C.A. Il adore la vie et je considère qu’il a d’énormes qualités, dont la franchise.

Il faut dire qu’il ne fréquente pas beaucoup sa famille, sauf une sœur qui persiste à faire revivre annuellement (dans le temps des Fêtes) quelque chose qui n’existe pas vraiment: l’esprit de famille. Cette année, c’est elle qui reçoit. Ils seront une quarantaine à Montmagny, autour de la dinde, à faire un peu semblant d’être tellement heureux d’être réunis! Il faudra que Charles-André use de tact et de patience et qu’il fasse (comme plein d’autres) semblant de trouver ça crampant de voir son beau-frère Yves, ivre, déguisé en Père Nowell. Affreux et encore saoul comme une botte. Une soirée qui n’en finira plus et qui lui laissera, sans doute, ce goût amer de déjà-vu. Joyeux Noël tout le monde!

Dans cette belle et grande famille, on évite depuis toujours de parler de politique, de religion, d’argent et de sexe. Il reste le sport (avec ce qui se passe dans le hockey, ça va être «dull») et les enfants, genre, le mien est meilleur que le tien. Charles-André ne fait aucun sport et n’a pas d’enfant. À l’intérieur de cette ruche, il se sent comme un pois vert dans une boîte de blé d’inde Del Monte. Pas rap…

Au travail, c’est pareil. Le party annuel finit la plupart du temps par une chicane, une aventure ou une buverie sans nom. Cette année, il ne sera pas de la fête. Il cherche un prétexte depuis trois semaines. Rien ne lui vient à l’esprit, sauf la vérité qui, souvent, est un chemin plus court et plus efficace. Il s’emmerde à toutes les fois qu’il y participe.

Ce n’est pas compliqué, mon ami déteste tout ce qui touche de près ou de loin à cette mascarade annuelle. Les petites maudites lumières blanches qui scintillent dans la nuit, les tounes de Fernand Gignac à la radio, les horribles bonhommes de neige gonflés qui font la garde sur les balcons, les sapins de plastique et les guirlandes multicolores qui lui rappellent son enfance. Tout, il haït tout de Noël. C’est son droit, mais, mettons qu’il n’est pas né dans le bon pays.

J’ose à peine lui dire que j’aime plutôt cette période de l’année. Enfin, j’y trouve mon compte et j’aime bien célébrer avec mon entourage, offrir des petits cadeaux et gâter ceux que j’aime (quelques fois mais très rarement ceux que j’aime moins).

Samedi passé, le voilà qui me sort une liste de sa poche, comme on sort un revolver; une liste de suggestions de cadeaux que sa blonde a laissé traîner dans le salon. Vous dire comment C.A. a horreur du magasinage! Je le sens au bord des larmes (ben oui, ça pleure un homme!) et dans un état profond de dépression.

Je veux lui venir en aide. Après tout, c’est un chum. Je lui propose de faire quelques achats pour lui. Il accepte, rapidement, de peur que je change d’idée. Me voilà au Carrefour Angrignon, à «shopper» un cadeau pour sa blonde, sa mère, sa sœur (celle du souper de famille) et l’échange de cadeaux de son bureau. Moi, qui me vantais d’avoir terminé mon «Christmas shopping»! J’ai comme soudainement une envie inavouable de me réveiller le 4 janvier…

Et vous, allez-vous passer à travers la dinde?

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