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Un voyeur à Montréal-Nord?

Une simple information diffusée sur la page Facebook Spotted Montréal-Nord a répandu un sentiment d’insécurité chez plusieurs internautes qui ont échangé des informations à propos d’un prétendu voyeur à Montréal-Nord. À tel point qu’on semble maintenant l’avoir vu aux quatre coins du quartier.

« Spotted au voyeur de Montréal-Nord qui est habillé tout en noir, est noir, mesure 6 pieds (1,80 mètre) et est mince qui se pointe aux fenêtres du monde », peut-on lire dans le commentaire publié le 7 mai.

Une pluie de commentaires s’est ensuite abattue sur la page Facebook d’alerte citoyenne. En 24 heures, une centaine de commentaires ajoutait foi au premier témoignage. Plusieurs internautes affirmaient avoir aperçu l’homme alors qu’il tentait d’observer des femmes.

« Moi, je fermais mes stores, mais quand je l’ai vu, il était penché et il regardait par une petite craque de rien du tout. Mon voisin m’a dit qu’il se masturbait », a raconté Maria Rivera.

En entrevue, l’internaute raconte avoir découvert en discutant avec un voisin qu’elle avait été victime du présumé voyeur plusieurs fois par semaine au cours de l’été dernier.

Le rôdeur semble avoir été aperçu plusieurs fois près de la rue Allard et du boulevard Léger, mais d’autres internautes ont signalé sa présence aussi loin que sur le boulevard Pie-IX.

« Je l’ai spotté dans le coin de Charleroi en train de regarder dans la fenêtre de ma voisine, quand j’ai allumé ma lumière il est parti », ajoute Jessica Cabrera, une autre internaute.

Certains témoins affirment qu’il conduirait un camion vert foncé et qu’il n’hésiterait pas à se stationner dans l’entrée des citoyens qu’il observe.

Il regardait ses enfants

C’est un père de famille inquiet qui est à l’origine de la dénonciation sur la page Spotted Montréal-Nord.

Dans la nuit du 4 mai, Patrick Allard a aperçu un homme masqué, accroupi devant la fenêtre de la chambre où dormaient ses enfants de 3 et 4 ans. Il a bien tenté de rattraper le suspect, mais celui-ci a réussi à s’enfuir.

« La police est au courant, mais je ne vois aucune présence policière de minuit à 5 h dans la ruelle », s’inquiète l’homme qui, comme plusieurs autres citoyens, menace de se faire justice.

Plusieurs internautes déplorent d’ailleurs l’inaction des policiers.

« Est-ce qu’on pourrait faire une pétition pour accroître la surveillance? » suggère l’internaute Myriam Angers.

Introductions par effraction

Le commandant Martial Mallette du poste de quartier 39 estime que la situation n’est pas alarmante.

Il croit que celui que les gens ont pris pour un voyeur pourrait plutôt être un voleur qui vérifiait si la voie était libre avant de commettre son crime. Une vague d’introductions par effraction aurait d’ailleurs été enregistrée récemment dans le secteur est du territoire.

« On conseille aux citoyens d’éviter toute altercation avec les suspects, avertit le commandant. S’ils voient quelqu’un qui a un comportement inapproprié, ils devraient immédiatement communiquer avec nous. Toute information peut nous permettre d’attraper la personne. »

Les policiers sont normalement sur les lieux en 2 à 7 minutes lorsqu’ils reçoivent ce genre d’appels.

Le commandant rappelle aux citoyens qu’ils devraient toujours laisser leurs portes et leurs fenêtres verrouillées. Il ajoute que les gens devraient aussi laisser des traces de vie (lumière ou radio allumées) dans leur appartement lorsqu’ils s’absentent, même pour quelques minutes.

Spotted Montréal-Nord

Originalement créée sous forme de « courrier du cœur » anonyme, l’utilisation des pages Facebook « spotted » est maintenant beaucoup plus large. Des internautes y saluent ou y dénoncent des gestes posés dans leur communauté. D’autres l’utilisent pour signaler des vols ou tenter de retrouver un chat égaré.

Créée en juillet 2013, la page Spotted Montréal-Nord est suivie par 1 770 personnes.

Attention à la diffamation

L’avènement des médias sociaux pose de nouveaux problèmes sur le point de vue juridique. Les internautes qui y dénoncent des gestes inappropriés peuvent s’exposer à des poursuites en diffamation.

Même si elle admet que les limites à ne pas franchir sont encore mal définies, Johanne Daniel, avocate dans le domaine des médias, estime que les internautes qui ont dénoncé le présumé voyeur ne s’exposeraient pas à des poursuites. « Il y a des critères pour qu’une cause en diffamation soit entendue devant les tribunaux. Il ne faut pas que les dommages soient frivoles et il faut que les informations permettent de reconnaître la personne », explique l’avocate.

L’arrestation d’un suspect ne serait toutefois pas jugée comme une nuisance pour la personne ciblée par les allégations, selon elle.

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