Une aventure marquante
Comment as-tu été approché pour participer à ce film?
« Quand Magnus est arrivé à Montréal-Nord, il a commencé à rencontrer plein de gens. Il cherchait de jeunes décrocheurs, il voulait savoir comment ils vivaient à Montréal-Nord. Et parmi les gens qui bougent beaucoup ici, il y a Jethro Auguste, créateur de Culture X et de Musique X. Dépendant des projets, il me considère comme son directeur artistique quand on veut faire des choses par rapport à la scène, alors il m’a référé à Magnus Isacsson, que je ne connaissais absolument pas, en me disant ce qu’il cherchait et me demandant si je voulais lui donner un coup de main. Je l’ai rencontré, je l’ai trouvé très sympathique, je lui ai donné mon numéro et lui ai dit de m’appeler quand il voulait, que je restais à son entière disposition. Et j’ai été à son entière disposition!
Magnus gravitait autour des activités, les cours de musique, de composition, de programmation musicale par ordinateur, et de temps en temps il me disait qu’il avait besoin d’un jeune pour ci ou pour ça. On a continué comme ça. Il est resté très effacé, très relax dans la réalisation du projet. »
Et tu ne savais pas à quel point tu deviendrais un des points centraux de documentaire?
« Je suis en train de me demander si lui-même le savait à cette époque là, parce que lui il était là pour les jeunes. Mais je crois que c’est la chimie et la relation que j’avais avec eux qui ont fini par briller un peu et qui lui a fait dire qu’il avait là de quoi d’intéressant. »
À quelle fréquence a eu lieu ce tournage, de quelle intensité a-t-il été pendant ces 18 mois?
« Facilement une fois par semaine, des fois plus, sinon à un moment, Magnus et l’équipe, ils ont dû acheter des cellulaires aux jeunes parce qu’ils les perdaient de vue, pour leur dire que quand on les rejoignait c’est qu’on avait besoin d’eux. On pouvait les perdre pendant 10 jours et plus. Et même avec les cellulaires on les perdait quand même! Eh! Ce sont des jeunes, alors voilà, entre eux, avec moi et Magnus, c’est devenu le fun, c’est devenu presque personnel. »
Tu as travaillé en particulier avec deux des jeunes qui voulaient faire du rap?
« J’ai travaillé avec tous les jeunes. Il y avait Dany qui voulait faire de la batterie, mais je n’ai pas de spécialité dans ce domaine, alors j’ai été un peu moins avec lui. Le grand frère de Mikerson, il était moins présent à Musique X. Alors c’est vraiment avec Alex et Mikerson que j’ai plus travaillé, je les ai vus après le film et encore dernièrement, on essaye de s’organiser. Je les amène en studio, des fois pour rien, on parle, on fait de la musique. »
Est-ce que tu les connaissais avant le tournage du documentaire?
« Ils gravitaient autour, mais c’est le documentaire qui nous a rapprochés. À un moment dans le film, on voit Keven qui fait de la musique avec Mikerson, je lui avais déjà montré comment composer de la musique par ordinateur. Il y a beaucoup de pièces dans le film qui sont de ses compositions. Mikerson est arrivé par Keven, Alex est arrivé par Dany, et finalement c’est devenu une espèce de grande famille. D’ailleurs, par la suite, Dany s’est encore plus impliqué et il vient m’aider à faire du bénévolat pour des cours d’introduction à l’informatique à la maison Sam X. »
Comment t’y prends-tu pour encourager des jeunes à persévérer dans leur désir de créer s’ils arrivent et qu’il n’est pas certain qu’ils en ont la capacité, comme on a vu dans le film?
« C’est ce qui est arrivé. J’avais peur pour Alex, car il avait un problème avec les temps pour la musique, mais il était discipliné, tu lui donnes rendez-vous à 17 h et il arrive en avance. Mikerson, il t’appelle à 17 h pour te dire qu’il va être en retard, mais il est beaucoup plus à l’aise et relax. Mais ce qui frappait avec Alex, c’est sa volonté. J’ai déjà rencontré quelqu’un qui m’a dit que tu veux absolument travailler avec des gens qui ont de la volonté. Pas nécessairement du talent, mais de la volonté, et je n’ai jamais oublié ça. Aujourd’hui, quand les jeunes arrivent et manquent un peu de talent, je me dis que c’est pas des superstars. L’objectif premier de faire de la musique, surtout avec ces jeunes-là, c’est pas qu’ils deviennent des super stars, c’est qu’ils soient capables de compléter quelque chose par eux même. D’avoir une idée dans leur tête, que ça passe par la machine, qu’ils soient capables de le faire eux-mêmes, qu’ils entrent dans la cabine du studio, qu’ils enregistrent ça et qu’à la fin ils sortent avec une chose qu’ils sont capables de partager avec tout le monde. À Culture X, on dit qu’on fait de l’intégration socio-professionnelle par le biais des arts de la scène, ce qui implique la persévérance que ça prend pour écrire une chanson : recommencer et recommencer. Parfois, les jeunes vont rentrer ici en septembre pour créer une chanson et ça ne sort pas avant décembre. S’ils se rendent là, la persévérance, ils l’ont apprise, et s’ils sont capables de transposer ça dans d’autres sphères de leur vie, c’est ça l’objectif.
Moi quand ils arrivent et que ça ne marche pas trop au départ, je ne panique pas et je ne m’empêche pas de les encourager. Puis, comme je ne les juge pas, ça devient un peu personnel. Je ne deviens pas leur ami, mais presque, je dirais même que oui. À partir de là, je peux serrer l’étau, leur dire que là, tu as glissé pour vrai, et dans la chanson, et dans ta vie… Leur dire que ça, ce n’était pas un bon choix. Et ils ne se sentent pas attaqués, ils se disent que j’ai peut-être raison. Ça ne veut pas dire qu’ils feront ce que je propose, mais je pousse et en général ça finit toujours par donner quelque chose. Ceux qui ne sont pas capables de subir la pression, ils finissent par débarquer… et ils reviennent ! J’aime leur donner un problème, leur créer une dépendance. On me dit parfois que je suis si content dans des sessions d’enregistrement, on me dit que j’en mets trop. Mais non, je mets ça gros, pour qu’ils voient que moi je tripe, que ça leur donne envie de réussir encore mieux, et au final c’est rare qu’ils ne s’améliorent pas. »
Dans le cas d’Alex et de Mikerson, as-tu été surpris du résultat final, comme on l’entend dans le film?
« La chimie ! Je ne pensais pas qu’Alex allait bouger si vite. Le timming, c’est difficile parce qu’en général c’est inné la capacité de suivre un rythme. Mais non… la volonté de ce type-là est de fer! Pour enregistrer son morceau, avec Mikerson, on a pris six heures…Je suis très content de leur résultat, je roule leur toune dans mon téléphone et mon auto ! »
Est-ce qu’ils ont l’intention de continuer à faire de la musique?
« Alex ne me lâche pas! On a un vidéoclip à tourner, et il y en a un que je dois tourner avec Mikerson aussi. Les gars ne me lâchent pas. Ils ont des projets chacun de leur bord, mais ils reviennent souvent me demander conseil. Après le tournage du film, Alex a été approché pour tourner un vidéoclip professionnel, je les ai rencontrés, et ça va se faire. »
Alex poursuit son aventure sous le nom d’artiste de « Breezy Bryson » alors que Mikerson le fait sous le nom de « Swagga Kush ». Don Karnage a pour sa part ouvert un blogue situé au www.donnykage.com. Pour plus d’informations sur le documentaire : www.maviereelle.com
Vidéoclip tiré du documentaire : http://vimeo.com/52186314#