Qui achète les condos à Montréal-Nord?
Jean-Marc Gibeau, chargé du développement économique de Montréal-Nord, se dit ni surpris ni inquiet par le rythme des ventes. « Les gens n’ont pas encore embarqué dans le mode « achat de condos », dit-il. Dans un contexte où il n’y a pas eu de développement à Montréal-Nord pendant 15 ans, je crois que c’est normal que le marché soit encore en attente. » M. Gibeau admet tout de même qu’une barrière économique existe.
« C’est un projet quasiment avant-gardiste, poursuit-il. On dit à nos citoyens, « Vous pouvez être autre chose que locataire ». »
Serait-ce alors que le projet immobilier ne tente pas les Nord-Montréalais, locataires à 72, 8 %, à devenir propriétaires ? Les données de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) indiquent que c’est plutôt le phénomène contraire qui se produit. Des 23 acheteurs, 71 % viennent de l’arrondissement. La balance habite le centre (18 %) et le nord de l’île (11 %). Le premier projet d’Accès Condos à Montréal-Nord a donc attiré en majorité les résidents du secteur. Le programme Accès Condos a également rempli son mandat en permettant à 84 % des acheteurs d’accéder à la propriété pour la première fois.
Incompatibilité du projet
Marie-Ève Lemire, coordonnatrice du Comité Logement de Montréal-Nord, ne s’emballe pas avec ces statistiques. Elle est plutôt d’avis que le nombre élevé d’unités vacantes démontre l’incompatibilité du projet avec la population de Montréal-Nord. Selon des données recueillies en 2006 lors du recensement, 29 % des citoyens de l’arrondissement ont un faible revenu. Dans le nord-est du secteur où les bâtiments du MN s’élèvent, Mme Lemire croit que la proportion de personnes à faible revenu augmente à 70 %. « Ça crée un « clash » entre les plus favorisés et la population défavorisée », affirme-t-elle.
Un revenu qui dépasse le revenu médian
Le profil des acheteurs tel que compilé par la SHDM établi que 58 % des acquéreurs sont des couples (32 % avec enfants) contre 42 % de personnes seules. Sur la question du revenu, 42 % des acheteurs ont répondu gagner moins de 55 000 $, 21 % gagnent entre 55 001 $ et 75 000 $ et 22 % ont un revenu de plus de 75 001 $. Le revenu médian des ménages Nord-Montréalais se situe quant à lui à 32 000 $.
À l’automne, le Comité logement de Montréal-Nord a calculé que les versements hypothécaires pour un condo de trois chambres à coucher du projet MN s’élèveraient à 1050 $ par mois. Le calcul tient compte du prix de vente de l’unité (257 900 $) et de l’ensemble des crédits accordés par la SHDM. La Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) estime que pour vivre décemment, il ne faut pas allouer plus de 30 % de ses revenus pour se loger. Un ménage désirant acquérir une de ces unités devrait donc avoir un revenu d’au moins 42 000 $, soit 10 000 $ de plus que le revenu médian des citoyens de l’arrondissement. « Les condos ne s’adressent donc pas aux gens qui habitent ici », conclut Mme Lemire.
D’autres développements
Le MN n’est pas le seul projet de condos à prendre forme à Montréal-Nord. Construgep débutera la construction des condos Mont-Joli plus tard dans l’année. Ce sont 144 unités qui s’ajouteront à la donne. Émilie Rivest-Khan, chargée de projet, explique que le développement immobilier favorisera les familles. Une unité comportant quatre chambres à coucher aura une étiquette de 228 000 $.
Mme Rivest-Khan soutient que Construgep a bâti beaucoup de logements sociaux dans le passé. « On veut maintenant offrir quelque chose de différent, mais d’abordable, dit-elle. Sans compter que l’arrondissement veut moins de logements sociaux ».
Le groupe Ulisse Construction en est un autre qui a choisi de développer le secteur Nord-Montréalais. « Je veux bâtir mon quartier », a déclaré Salvatore Ulisse, président de l’entreprise et résident de Montréal-Nord.
Deux de ses trois projets sont déjà disponibles pour occupation immédiate. Le premier, le Germont Nord, au coin du boulevard Léger et de la rue Brunet, dispose de 17 unités et est décrit comme étant des « condos de luxe ». Les prix varient de 185 000 $ à 228 000 $. Le deuxième, les Condos Villamiens, au coin des rues Amiens et Balzac, a 24 unités. Les espaces d’habitation, plus abordables, se vendent entre 145 000 $ et 180 500 $. Sur les 41 nouvelles unités, 28 ont été achetées. M. Ulisse soutient que la moitié de ces acheteurs habite déjà à Montréal-Nord.