Une lutte aussi courageuse que nécessaire
Il suffit désormais de provoquer un bouchon de circulation au Québec pour que le manifestant soit assimilé à une espèce de terroriste – en tout cas un extrémiste – avec qui l’on ne négocie pas. Un droit abstrait « à traverser un pont » est devenu une valeur qui prime sur l’intérêt collectif. Avez-vous entendu comme moi cette jeune fille à l’émission Tout le monde en parle, qui s’opposait à la grève au nom d’un groupe d’étudiants se disant « socialement responsables ». En substance, elle disait, faites les manifs que vous voulez, mais laissez-moi tranquille. Il ne lui apparaissait à peine nécessaire de justifier sa posture dans le débat, ni de persuader sur la négation de la capacité d’action du mouvement étudiant, il suffisait d’invoquer son soi-disant « droit intellectuel » à elle. Tant pis pour les autres. Misère.
Ce n’est pas la première fois que j’interviens dans ma chronique sur ce sujet. J’avais voulu montrer en 2010 ce que les barrières à l’éducation peuvent avoir comme effet sur « les fillettes de la rue Jubinville », et j’avais écrit une chronique sous forme de « lettre à ma députée » en 2011 pour exhorter Line Beauchamp de ne pas pulvériser cet acquis-là, aussi, parmi ceux de la révolution tranquille: une éducation supérieure universelle et accessible à tous.
La Ministre de l’éducation tente toujours de justifier l’insensé et prétendre que d’augmenter les frais de scolarité n’aura pas d’effet sur la fréquentation scolaire. Elle refuse évidemment d’admettre que ces hausses nous rapprochent du modèle anglo-saxon qui fait crouler les étudiants sous les dettes au Canada, en Angleterre et plus que tout aux États-Unis. Cela lorsqu’elle ne leur ferme tout simplement pas les portes de l’éducation supérieure, et tout ce qu’une telle chose signifie pour l’accès au savoir des marginalisés ou simplement désormais des familles avec un revenu moyen.
La Ministre de l’éducation n’est pas fière de la fréquentation post-secondaire plus élevée au Québec, elle veut « rattraper la moyenne canadienne », même si une province comme l’Ontario a récemment décidée, elle, de réduire les droits de scolarité. La Ministre non plus ne va pas faire référence à des modèles de société qui fonctionnement bien, et qui sont plus égalitaires, comme celui des pays scandinaves où l’on a compris que l’éducation était suffisamment précieuse pour la collectivité qu’elle ne coûte rien.
La logique tordue de la Ministre veut que plutôt que de demander aux plus riches de faire leur « juste part » en payant plus d’impôts pendant toute leur vie professionnelle, on demande aux étudiants de payer plus de frais de scolarité pendant les quelques années de leur scolarité. Quitte à ce que certains en soit exclu. À notre époque où le taux d’endettement atteint une proportion inédite au Canada (1,53$ de dette pour chaque dollar de revenu), ces hausses de frais sont dures.
Et que rapporteront-elles à l’État, ces hausses ? 190 millions de dollars, soit une toute petite somme dans le budget de l’éducation au Québec, comme l’explique ce texte de l’IRIS.
Mais toutes ces statistiques et toutes les réfutations des arguments en faveur de la hausse ; la raison ne freineront pas cette ministre et de ce gouvernement. La députée de Montréal-Nord ne sera pas plus sensible qu’à l’habitude à la situation des plus pauvres et des plus exclus, même s’ils sont nombreux dans notre circonscription.
Heureusement, les étudiants, qui sont souvent la bougie d’allumage des mouvements de société bien plus larges, n’ont pas baissé les bras, au contraire. Espérons à présent que tous les Québécois-es verront que leur lutte reflète plus encore qu’une revendication du droit à l’éducation, mais qu’elle incarne en soit une vision de ce que doit être le Québec.