Du Bas-du-Sault au marché Bonsecours
La plupart des exploitations agricoles de la banlieue et de Montréal étaient vouées à la culture maraîchère, à l’instar de celle de nos ancêtres qui y consacraient environ 50% de la superficie de leur terre. Le fruit de cette production, outre la consommation locale, était destiné à être écoulé par la vente des fruits et légumes obtenus dès le début de l’été, au marché Bonsecours et cela depuis le 4 janvier 1847.
La préparation d’un marché commençait tôt la veille, dans les champs. À l’aide d’un tombereau – sorte de voiture à deux roues de bois avec une boîte carrée à bascule –, les légumes étaient déversés dans l’eau de la rivière des Prairies pour en faire le lavage, sauf pour les oignons, les échalotes et les concombres. Les carottes et les navets étaient lavés à l’aide d’une brosse pour ensuite être transportés avec une brouette sur le talus d’herbe à proximité de la berge. Puis, les carottes étaient placées en paquet de six. Ensuite, ceux-ci étaient regroupés en bottes de douze, bien ficelés avec de la corde à lieuse à grain. Les navets étaient liés en groupe de trois, de même que les gros oignons, dont la première pelure était, au préalable, enlevée. Plus tard à l’automne, les pommes de terre étaient mises en poches de 75 livres.
Une fois la préparation du marché terminée, les légumes étaient soigneusement placés à l’ombre des arbres, en bordure de la rivière, attendant d’être disposés minutieusement dans la voiture servant à transporter les denrées au marché. Le départ pour le marché Bonsecours s’effectuait vers 18h et les chargements de légumes suivaient le chemin du Sault, boulevard Gouin Est. Il était ombragé à cette époque-là.
La disposition des légumes était particulièrement exigeante, compte tenu des conditions exigées pour le transport. La verdure du feuillage des carottes devait être orientée vers l’extérieur, entourant et recouvrant en forme de coupole les autres légumes. Ces derniers, placés au centre, pouvaient conserver leur fraîcheur et obtenir une belle présentation visuelle tout en maximisant la capacité de chargement.
Le parcours était laborieux tant du point de vue de la distance qu’il fallait franchir que de l’état des voies de circulation. Il était coutume de faire une halte à l’hôtel Barbeau afin de reposer les chevaux et d’attendre que le soleil baisse avant de continuer sa route par le chemin Saint-Michel. À la tombée du jour, un fanal de route était allumé, accroché du côté gauche arrière, pour la protection routière. Il arrivait que, pendant le trajet, les chevaux soient doublés par un ou deux véhicules automobiles, au hasard d’une grosse soirée de circulation.
Le reste du trajet était parcouru d’un trait, sans autre halte
Vers 1886, le chemin emprunté était Pie-IX qui était plus carrossable. De plus, ce chemin à caractère métropolitain facilitait l’accès aux secteurs éloignés de la ville, dont le chemin Notre-Dame. À la place Bonsecours, un arrêt coutumier à l’auge – abreuvoir public destiné aux chevaux – s’imposait avant tout. En réponse à la demande de la clientèle, la participation au marché était deux jours semaine, soit les lundis et jeudis. Les clients commençaient leurs emplettes vers 7h. Le chargement se vendait en entier entre l’heure d’ouverture et 11h du matin.
Reprenant le chemin du retour vers 15h, après avoir récolté de la vente desdits légumes une somme d’argent d’environ cinquante dollars (selon la valeur de l’époque), on pouvait entendre les pas saccadés des chevaux au galop.