Soutenez

Un amoureux de la marionnette

Joanny-Furtin Michel - TC Media
« Quand Louise Lapointe, la directrice de Casteliers m’a approché pour devenir porte-parole, je lui ai dit ne pas être un grand expert », raconte Carl Béchard. « Oui, mais tu es un spectateur sensible! Et c’est ce qui m’intéresse…, m’a-t-elle répondu! Je ne pouvais plus refuser… », s’amuse le comédien.

Carl Béchard revient le teint hâlé de ses courtes vacances à Cuba pour défendre les couleurs, mais aussi les auteurs et les artistes de la marionnette de plusieurs pays du monde qui se donnent rendez-vous à Outremont du 8 au 11 mars.

« La marionnette m’a toujours fasciné. À l’âge de 23 ans, je suis parti étudier l’art dramatique et le théâtre gestuel à Paris. J’ai pu y voir beaucoup de spectacles et pas mal de spectacles de marionnettes. Je me souviens du Triangle Theatre. Je n’avais jamais vu quelque chose de si magique et de si beau. Il y était question d’une vieille dame qui promenait son chien. Peu à peu avec l’évolution de cette marionnette, la vieille dame devenait son chien. »

« La marionnette permet d’exprimer tout un univers que même l’acteur ne peut pas atteindre. Et tout cela se fait à partir de moyens artisanaux, de bouts de ficelle comme le démontre le théâtre d’objets, notamment le spectacle Ubu on the Table présenté pendant les Trois jours de Casteliers en remplacement de The House. D’ailleurs, cinq des onze spectacles programmés s’adressent aux adultes et aux ados ! Il y aura des troupes québécoises, mais aussi canadiennes de Calgary et Toronto.»

Un métier d’une grande humilité

« L’acteur devrait pouvoir maîtriser son corps à la manière d’une marionnette afin que le metteur en scène puisse en jouer. Avec le metteur en scène Denis Marleau, j’ai participé à plusieurs pièces autour du thème d’Ubu roi en jouant comme des marionnettes à fil. Ce choix artistique justifiait le texte de la pièce, un monde de personnages manipulés. »

« On a même monté une fois Woyzeck en marionnettes au Centre national des Arts d’Ottawa où les manipulateurs tout habillés de noir participaient à la mise en scène. Ainsi, la marionnette Woyzeck se consolait dans les bras de son manipulateur. Cette mise en place renforçait l’aspect schizophrène du personnage. »

« Marionnettiste, c’est un métier d’une grande humilité et l’opportunité d’un partenaire virtuel. On n’y projette plus d’émotions, de poésie, d’humour souvent et comme disent les philosophes, le sublime touche parfois le grotesque. La marionnette libère des espaces imaginaires qu’on ouvre rarement au théâtre, sauf peut-être parfois dans le théâtre de Robert Lepage. »

Fils de notaire

« À l’expo Jean-Paul Gaultier au MBAM, ou aux Aveugles de Maeterlinck au MACM, les projections de visages humains et mouvants sur des masques blancs et des mannequins procèdent du concept même de la marionnette. Et les masques du théâtre antique… »

« J’aime le théâtre de l’absurde. J’ai mis en scène des spectacles comme Ubu, des textes de Boris Vian dont Et vlan dans la gueule ! au TMM, mais j’aime aussi beaucoup le théâtre de Georges Feydeau et le théâtre de boulevard. »

Carl Béchard vient de participer à la production du Dindon au TNM dernièrement, et qui part quelques dates en tournée dans les semaines qui viennent.

Fils d’un notaire qui sera député fédéral de Bonaventure et des Îles de la Madeleine pendant 17 ans, Carl Béchard est né en Gaspésie, à Carleton dans la baie des Chaleurs. Il est l’aîné d’une famille de trois garçons.

De Molière à Ubu…

« La première pièce que j’ai vu au théâtre, j’avais six ans. C’était une générale du Malade imaginaire de Molìère auquel participait ma famille à titre amateur : mon père jouait Cléante, ma mère Toinette et ma gardienne Louison. »

« Mais ma famille trouvait que ce métier présentait trop de risques pour en vivre. Quelques années plus tard, je me suis laissé tenter un moment par le journalisme et la radio étudiante pour finalement revenir à mes premières amours. »

Carl Béchard commencera bientôt les répétitions, avec Denis Marleau et son Théâtre Ubu, des Femmes savantes de Molìère qu’ils joueront tout l’été en Provence. Puis ils reprendront le Oulipo Show au CNA (Centre national des Arts) en février 2013.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.