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Les taxis plus en sécurité dans l’Est

En novembre dernier, Ziad Bouzid, chauffeur de taxi, était abattu dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges par un client. Depuis, l’ensemble de ces collègues pensent davantage à leur sécurité. Dans l’est de la ville, les conducteurs ne se sentent pas trop menacés, mais tous sont conscients qu’il faut améliorer la sécurité. Pour cela, le maire, Denis Coderre, a mandaté, en avril, le Bureau du taxi de Montréal pour tenir une commission sur la sécurité des conducteurs et usagés du taxi.

Texte de Stéphanie Maunay

Frédéric est chauffeur de taxi depuis 14 ans. Il a passé sept ans au centre-ville et travaille depuis 2007 dans l’Est.

« Il n’y a rien de comparable, c’est beaucoup plus tranquille ici, explique-t-il. Je prends des courses aussi bien de jour, de soir que de nuit, et je peux dire que les agressions sont très rares. »

Même son de cloche chez son collègue, Jonel Saint-Louis.

« La majorité des clients que l’on prend sont à la maison donc on a déjà le nom et l’adresse. On sait où l’on s’en va et qui l’on prend à l’arrière », raconte le chauffeur, stationné au carrefour de La Pointe.

Un métier dangereux

L’ensemble des chauffeurs s’accordent sur le côté non sécuritaire de leur profession.

« On sait que notre métier est dangereux », remarque Joseph Naufal, directeur général de la Coop de l’Est, coopérative de taxis, qui couvre notamment les territoires de Pointe-aux-Trembles et Montréal-Est.

Passé ce constat, le directeur explique que ses taxis ont depuis longtemps instauré un code de sécurité, qui leur permet de lancer une alerte s’ils se sentent menacés.

« Ils ont un “bouton panique” situé près du volant. Une fois activé, un logo rouge du 9-1-1 apparaît sur le dôme du véhicule en clignotant, et nos téléphonistes, à la Coop, reçoivent tout de suite le message d’alerte et peuvent rentrer en contact avec la police.»

Ce dispositif ne met toutefois pas les chauffeurs complètement à l’abri comme la constatée Clément Bernard qui a été attaqué un soir qu’il conduisait deux passagers sur le boulevard Maurice-Duplesis. Soudainement, il a senti quelque chose de froid sur sa tempe.

« Il y en a un qui a collé un pistolet dans mon oreille et l’autre m’a demandé mon argent, ma montre et mon cellulaire », raconte-t-il.

Depuis l’incident, M. Bernard est plus prudent. Avec ses 12 ans d’expérience, il a même développé un sixième sens pour identifier les voyous.

Selon lui, les voleurs violents sont beaucoup trop concentrés sur leur crime pour discuter, alors qu’au contraire, ceux qui se sauvent sans payer bavardent beaucoup.

« Quand j’ai un doute, je leur demande s’ils ont de l’argent avant de partir », explique-t-il.

Lorsqu’il a un problème, M. Bernard estime que les policiers répondent rapidement à ses appels de détresse. Il voit tout de même d’un bon œil l’ajout de dispositifs de sécurité.

« La caméra est la meilleure mesure de protection », croit-il.

Un consensus difficile à atteindre

Depuis le 15 avril, la Commission sur les transports et les travaux publics de Montréal planche sur le dossier de la sécurité dans les taxis.

Les professionnels et les citoyens ont pu donner leur avis et déposer des mémoires. C’est ce qu’a fait la Coop de l’Est, avec plusieurs autres compagnies, sous le nom du Regroupement intermédiaire des taxis de Montréal.

« J’ai assisté à beaucoup de dépôts, et il n’y a pas beaucoup d’idées novatrices, indique M. Naufal. Je pense que la caméra est un bon outil, car elle sert à faire réfléchir les agresseurs, à les dissuader. »

Mais celle-ci ne fait pas l’unanimité.

« Si quelqu’un veut nous agresser, caméra ou pas, il va le faire pareil. C’est juste qu`après, on va pouvoir le rechercher », argumente M. Saint-Louis.

Suzanne Décarie, conseillère du district de Pointe-aux-Trembles, n’est pas du même avis. « Le problème des chauffeurs de taxi à Montréal, ce sont les vols. Il y en a vraiment beaucoup », souligne l’élue, qui siège également à la Commission des transports, en charge de la réflexion sur la sécurité des taxis. Les chauffeurs interrogés dans l’Est reconnaissent en avoir déjà fait les frais, mais préfèreraient la vitre de sécurité dans leur véhicule.

« Ça serait la meilleure chose, estime Exuma Renel, lui aussi chauffeur de taxi, car les gens qui vont vouloir voler vont nous attaquer de l’extérieur ». Il raconte qu’après s’être fait agresser, l’un de ses collègues s’est d’ailleurs rendu à Boston pour faire installer une vitre dans son véhicule. Mais, là aussi, certains émettent des réserves.

« Mon taxi est aussi mon véhicule personnel, explique M. Saint Louis. Alors, je vois mal ma femme et ma fille installées derrière la vitre. »

Pour M. Naufal, la cloison irait à l’encontre du métier.

« On est un service à la clientèle. Les gens qui montent dans les taxis aiment parfois jaser ou qu’on mette la musique plus forte. Si on met une barrière, on enlève ce service de proximité », conclut-il.

La sécurité en chiffres

Seulement 32% des chauffeurs jugent leur travail sécuritaire la nuit

75% des vols qualifiés surviennent la nuit

180 chauffeurs de taxi sont victimes de vol qualifié chaque année

Un vol qualifié surviendrait sur 150 000 courses

Les refus de payer surviennent quelques fois par année

Les méfaits sont rarement signalés à la police

(Informations tirées du Bureau du taxi de Montréal)

 

(En collaboration avec Simon Bousquet)

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