Une « révolution comptable » contre l'agrile du frêne
« De manière générale, au plan comptable, il est impossible d’emprunter de l’argent pour des choses qui ne représentent pas des immobilisations, qui n’ont pas un impact à long terme, comme les arbres », explique le conseiller du district Marie-Victorin, Guillaume Lavoie, qui est également critique en matière de finances pour Projet Montréal.
Avec près de 1,2 M d’arbres, dont 200 000 frênes, Montréal fait face à une situation critique. À Rosemont – La Petite-Patrie, près de 30 % du patrimoine arboricole est menacé.
Pour protéger son héritage vert – vaccination au TreeAzin et remplacement –, l’arrondissement devra, à lui seul, débourser entre 14 M$ à 25 M$, d’ici les 10 prochaines années, estime M. Lavoie.
« Jusqu’à tout récemment, on aurait uniquement pu piger dans le budget de fonctionnement pour faire face à cette dépense. C’est comme si vous deviez racheter votre maison avec le montant de votre salaire pour une année. C’est impossible », insiste-t-il.
Changer les mentalités
Selon M. Lavoie, un changement de mentalité était nécessaire pour que les politiciens ne perçoivent plus les les végétaux comme un bien accessoire, mais plutôt comme un investissement durable.
« Comme une maison, les arbres ont un rendement sur plusieurs années », défend-il.
Une motion a donc été déposée par Projet Montréal au conseil de Ville pour que l’on révise les règles du jeu.
« Il y a toujours eu un débat à la Ville à savoir si on pouvait capitaliser les arbres, en fonction du type de projet. Quand ça s’inscrivait dans un contexte plus large, comme la réfection d’un parc, on pouvait le faire. Dans un cas comme l’agrile du frêne, c’était moins clair. Au lieu de s’embourber dans un débat technique sur la question, on s’est entendu au conseil municipal pour emprunter [grâce au budget d’immobilisations] afin de faire des replantations d’arbres », fait valoir Pierre Desrochers, président du comité exécutif de la ville de Montréal.
Cette dépense devra toutefois être remboursée à même le budget de fonctionnement.
« Pour éviter que les arrondissements en subissent les contrecoups, ce sera des emprunts faits par la Ville-centre et qui seront acquittés par celle-ci », précise M. Desrochers.
Les budgets de l’année en cours ayant déjà été votés, cette mesure ne sera pas appliquée avant le prochain exercice financier, informe-t-il.
« Ça va nous permettre dans les années futures de peut-être investir un peu plus d’argent. Il y aura toujours un débat sur quel montant à allouer à la lutte à l’agrile du frêne et il y aura toujours des insatisfaits. On sait que les besoins sont importants, il faut juste voir notre capacité de payer », soutient le porte-parole du comité exécutif, rappelant que 3,2 M$ ont été investis cette année pour tenter de freiner ce fléau.
« [Ce changement du cadre comptable], c’est une technicalité (sic) qui a un impact réel sur ce que l’on peut faire », conclut M. Lavoie.
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Le budget municipal pour les nuls
Le budget municipal s’articule en deux volets, soit le budget de fonctionnement – dédié aux dépenses usuelles, comme le déneigement et l’entretien – et le budget d’investissement, couramment appelé le Programme triennal d’immobilisations (PTI) – qui sert aux dépenses de grande envergure sur le long terme.